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Notes d'écriture



Très récemment, dans mes pérégrinations thésardes, alors que je faisais remarquer à une professeure mon enthousiasme pour l’édition Quarto des Œuvres de Nicolas Bouvier qu’elle était en train de lire, elle m’a appris qu’il figurait au programme 2018 de l’agrégation de lettres. Excellent choix… Son exemplaire était très neuf, tandis que le mien (et c’est ma fierté) est écorné de partout, gondolé d’humidité (pardon d’eau de mer, ça fait plus aventure), bref, il a vécu, et c’est évidemment indispensable pour rendre hommage à ce fin voyageur-écrivain. Je l’avais lu à l’été 2008 (voir Étonnements et Notes de lecture du 22/08/2008), ça va faire neuf ans, mince alors ! Ceci dit, elle m’a signalé ce très court texte (de juin 1989), perdu dans les 1400 pages du gros volume « Réflexions sur l’espace et l’écriture », que j’ai relu avec grand plaisir et dont je recopie quelques extraits :
« C’est le voyage, le « vivre ailleurs », la précarité d’une vie longtemps itinérante qui m’ont conduit à murmurer des histoires, tout comme une bouilloire posée sur la braise se met à chantonner. « Tout comme » étant un euphémisme : il m’a fallu apprendre à découper et coudre le cuir du langage et m’échiner gaiement à l’établi comme l’apprenti cordonnier qui fait sa première paire d’escarpins pour une favorite ou des bottes pour le grand chambellan.
Sans cet apprentissage de l’état nomade, je n’aurais peut-être rien écrit. Si je l’ai fait, c’était pour sauver de l’oubli ce nuage laineux que j’avais vu hâler son ombre sur le flanc d’une montagne, le chant ébouriffé d’un coq, un rai de soleil sur un samovar, une strophe égrenée par un derviche à l’ombre d’un camion en panne ou ce panache de fumée au-dessus d’un volcan javanais. De retour en Europe ou lors des longs bivouacs hivernaux qui parfois ponctuent un voyage, ces images se bousculaient dans ma tête, forte de leur fraîcheur native et demandaient impérieusement la parole.
Vocabulaire : gamin bouffeur de livres à la chandelle clandestine puis étudiant, j’avais eu mes éblouissements : London, Rimbaud, Melville, Michaux, mais le véritable goût des mots m’est venu lorsqu’il a fallu les choisir, drus, lourds dans la main, polis comme des galets pour enluminer mes modestes icônes avec l’or, le rouge le bleu qui convenaient et pour tenter de faire du spectacle de la route un de ces thesaurus pauperum à majuscules ornées d’églantines et de licornes. Incantation de l’espace, décantation du texte. Pendant des années j’ai suivi ce mouvement pendulaire qui passe du « voir » au « donner à voir », ma parole naissant, non de l’exotisme, qui n’est que preuve de malentendu, mais d’ue géographie concrète patiemment investie et subie. […]
L’écriture, lorsqu’elle approche du « vrai texte » auquel elle devrait accéder, ressemble intimement au voyage parce que, comme lui, elle est une disparition. Certes pas affirmation de la personne mais sa dilution consentie au profit d’une totalité qu’il faut sinon exprimer (on ne peut pas), au moins rejoindre. Toute opération menée à son terme implique un effacement quasi sacrificiel de l’opérateur. Dans les contes chinois « le peintre de nuées » qui a porté la dernière touche à son dernier chef d’œuvre roule ses pinceaux, les fixe à sa ceinture, entre d’un bon pas dans son paysage et on aura plus jamais de ses nouvelles. Les manipulateurs de marionnettes « burnraku » qui sont sur la scène avec leurs poupées portent cagoule lorsqu’ils sont novices ; les maitres travaillent à visage découvert : ils sont à tel point devenu le personnage qu’ils animent qu’on ne les voit littéralement plus. Cette disparition est un exercice d’humilité et d’escamotage assez ardu et parfois périlleux, mais auquel il n’est pas interdit de se livrer avec humour. Le but ultime étant de devenir plus léger que cendre. C’est une ambition fort immodeste à laquelle très peu sont parvenus. Pour ces rares élus - je pense à certains textes de Nerval ou de Vladimir Holan d’une immatérialité séraphique – il n’y a plus de problème de style, plus de casse-tête d’écoles ou de modes, plus besoin d’essayer ses phrases dans un « gueuloir ». Il n’y a plus même ce souci si souvent évoqué d’engagement, ou pour user d’une terminologie qui m’a toujours paru obscène, « d’insertion dans le social ». Car l’air entre partout et plus il est léger plus il est explosif. 
»
(19/06/2017)

 


J’ai envoyé hier pour correction un nouvel avancement de ma thèse. Le précédent envoi datait d’un mois pile. La partie nouvelle compte 70 pages remplies de cent soixante-mille caractères, soit l’équivalent d’un roman de 150 pages de format classique. Bref, c’est comme si j’avais concocté en quatre semaines un polar, un petit récit ou un recueil de douze nouvelles. Je me souviens, il y a longtemps, plus de vingt ans, je m’étais lancé un pareil défi : être capable d’écrire en deux mois un roman. Il faut dire que j’avais enfin fini par terminer mon tout premier récit, Martin Martin, commencé à l’âge de vingt ans. Il m’avait fallu un peu plus de dix ans pour l’écrire, encore quelques années pour laisser l’inspiration me titiller à nouveau et c’est pourquoi je m’étais lancé ce défi, deux mois pour écrire quelque chose qui ressemble à un roman, il fallait rompre la pénible lenteur. Après je pourrais constater de visu que l’écriture dans sa forme achevée en petit tas de feuilles est une possibilité viable, donc rapide, quelque chose que je n’osais alors envisager que de très loin. J’avais tenu l’engagement avec une histoire de méchants démasqués par un enquêteur débutant et naïf : Aventures au Cap-Vert était né, ça avait vraiment été une aventure dans tous les sens du terme. Bien-sûr, ce livre et le précédent sont restés dans le tiroir, ça avait vocation à l’être, c’étaient des romans d’apprentissage, comment on ouvre un chapitre, comment on le clôt, qu’est-ce qui se passe si on change le temps du récit, la manière de parler du narrateur. C’était de la tambouille d’écriture, on essaie des plats, on rajoute du sel, on fait parfois brûler. Il fallait que tout cela s’équilibre. Je ne sais pas si c’est toujours comme cela. Probablement encore, mais on a aménagé la cuisine, c’est plus confortable, plus sûr aussi. On a du métier, on connaît maintenant le maniement du four, les justes proportions, mais on travaille à l’œil toujours, et sans recette. Donc, l’écriture de la thèse peut également aller vite, de la même manière. Enfin, sauf que chaque citation est prouvée, discutée, annotée en bas de page (déjà plus de 800 de ces notes !), c’est la caractéristique de l’écriture universitaire. J’ai longtemps cru que je n’arriverais jamais à glisser mon cou dans ce carcan, mais c’est fait, et je crois même que j’y prend goût parfois. À suivre…
(12/06/2017)

 

« Comme dans ces vers admirables :
Ô Saisons ! Ô châteaux !
Quelle âme est sans défaut ?

Personne n’est interrogé ; personne n’interroge : le poète est absent. Et l’interrogation ne comporte pas de réponse ou plutôt elle est sa propre réponse. Est-ce donc une fausse interrogation ? Mais il serait absurde de croire que Rimbaud a « voulu dire » : tout le monde a ses défauts. Comme disait Breton de Saint-Pol Roux : S’il avait voulu le dire, il l’aurait dit. » Et il n’a pas non plus voulu dire autre chose. Il fait une interrogation absolue ; il a conféré au beau mot d’âme une existence interrogative. Voilà l’interrogation devenue chose comme l’angoisse du Tintoret était devenue ciel jaune. Ce n’est plus une signification, c’est une substance ; elle est vue du dehors et Rimbaud nous invite à la voir du Dehors avec lui ; son étrangeté vient de ce que nous plaçons, pour la considérer, de l’autrecôté de la condition humaine : du côté de Dieu. »
Jean-Paul Sartre Qu’est-ce que la littérature ?p . 23-24.
(29/05/2017)

 

J’ai mangé avec mon corpus, enfin, ma bibliographie : d’un côté, j’avais mon corpus théorique, rubrique « ouvrages en rapport avec le travail », de l’autre, mon corpus romanesque, rubrique « corpus principal : récits et romans étudiés ». Tous deux ont mangé une salade exotique avec tomates et ananas, un dessert et café. C’était mercredi dernier, j’étais à Paris pour un jury académique sur l’écriture du travail, deux ans que j’y participe, et j’ai à chaque fois grand plaisir de retrouver la chaleureuse équipe. D’autant plus que dans l’ambiance monacale qui est la mienne, je ne sors pas beaucoup en ce moment. Bref, à la fin de réunion, nous nous sommes retrouvés à trois pour déjeuner, Aurore, Laurent et moi : excellent moment passé en terrasse à échanger sur nos projets, l’actualité, la politique. Tout quoi, jusqu’à ce que je réalise que j’avais avec moi deux éléments de corpus, parmi les plus représentatifs de mes recherches. Un peu comme si j’avais apporté leurs livres que je consulte souvent, et qu’ils se soient matérialisés soudain devant moi, avec bras, jambes, visages et rires. Pour moi qui travaille sur « la représentation du travail dans la fiction française », ce moment a été sacrément romanesque.
(22/05/2017)

 

Dans ma thèse, la discussion au sujet de la fiction tient une place forcément importante : la question de l’authenticité, de l’imprégnation du réel taraude la littérature du travail depuis longtemps. L’énigme de la fiction compte ainsi beaucoup d’apports théoriques. Tous les écrits de Gérard Genette abordent peu ou prou cette affaire et ceux Roland Barthes aussi. Les grands théoriciens du structuralisme sont relayés par les écrivains eux-mêmes, Kundera, Duras pour ne citer qu’eux. Mais la question de la fiction dépasse largement la question du roman en particulier (et de l’écrit en général). Depuis quelques années, l’interrogation à son sujet a repris (si tant est qu’elle se soit arrêtée un jour). A l’occasion d’un important essai consacré à cette étude, paru il y a tout juste un an, (Fait et fiction, de Françoise Lavocat) et que je relate cette semaine en note de lecture, j’ai eu envie d’apporter quelques compléments, en premier lieu pour moi-même et dans la perspective d’un développement ultérieur.
De quoi parle-t-on ? D’un constat terriblement actuel : que les fictions prennent le pas sur la réalité, au point d’en brouiller les frontières. Ce n’est pas nouveau : le storytelling existe depuis une vingtaine d’années, façon de raconter une belle histoire pour faire passer un message politique commercial, culturel... Docu-fictions aux commentaires lénifiants, interprétations de faits historiques, facebookeries invérifiables : voici, d’un côté l’appui de faits réels, transgressés d’une manière partisane, sans l’avouer bien entendu. De l’autre, sous couvert de véritables fictions, on s’emploie à pervertir des vérités historiques (les feuilletons américains si nombreux de l’après 11 septembre, par exemple). Phénomène devenu mondial, tous les pays rendent fictionnelle une compréhension du monde qu’on arrange à sa sauce : on voit bien que la littérature, les livres, sont noyés au milieu, simples moyens, outils primitifs en passe peut-être de devenir marginaux, mais à l’origine tout de même de la fiction.
Remarquez que, dans l’antiquité, on s’est longtemps passé de la notion de fiction ou de réalité (l’Illiade), les dieux fournissant une vérité suffisante pour ordonner le monde d’alors. Pour couper court à l’histoire, ajoutons que la frénésie de fiction atteint un âge d’or au XIXème siècle avec le roman français. La littérature ayant peu évolué depuis dans ses us et coutumes et dans notre pays, nous sommes toujours redevable au roman comme « genre » absolument hégémonique, à l’exclusion de tout autre, comme par exemple les nouvelles qui ont si peu de place ici. Voici l’état de notre fiction littéraire, absorbée par le roman aussi surement qu’une goutte d’eau par un sopalin. Reste la non-fiction : essais, manuels pratiques, guides de voyage… surtout identifiés comme non-fiction chez les anglo-saxons, d’ailleurs friands de « faction », mélange de fait et de fiction : voir les études d’Antony Beevor à ce sujet. En France, on ne se pose pas ce type de question de la même manière : bien sûr il y a le roman… et puis tout le reste. Le roman est physiquement identifiable : lorsque la couverture est jaune-pipi avec un titre rouge, on peut y aller les yeux fermés : c’en est. Par extension, si ça fait environ 20x10 écrit tout petit à l’intérieur : c’en est. Bien-sûr, c’est caricatural, et c’est justement pour cela que le débat fiction/réalité existe. Les enjeux sont importants : ne pas se laisser berner par une fiction gagnante contre les faits (qui nie les chambres à gaz, par exemple) et, à l’inverse, ne pas se laisser abuser par une histoire vraie qui n’existerait que dans la tête de son auteur, et dont les effets sont tout aussi néfastes. La question nouvelle qui taraude le débat est : à qui profite le crime ? À tous : Trump, Poutine,  plus c’est gros plus ça passe, mais aussi aux multinationales, aux petits patrons, aux employés, aux bons, aux méchants, à nous tous qui avons quelque chose à cacher : la fiction s’est aussi parfois synonyme de mensonge, même par omission et d’ailleurs on ne peut pas tout mettre dans un nombre limité de pages. Tout est fiction, ma pov’dame : c’est le leitmotiv actuel. Dans le domaine français de la littérature, le roman étant hégémonique, il y a un intérêt à ce que plus de livres qu’il n’en faut puissent se fondre dans cette majorité économiquement viable (le marché du livre, quoi qu’on en dise, se porte bien). Parfois, par saine réaction, certains, conscients de la désinformation, tentent de lutter pour torpiller de l’intérieur la manne fictionnelle : c’est le cas de la contre-fiction, expliquée par le collectif anti-capitaliste Multitudes. Mais l’arroseur arrosé reste un moyen limité. En France, les réactions demeurent diverses : Françoise Lavocat se fait l’avocat du diable : elle aime diablement les fictions et entend au moins rétablir une frontière entre Fait et fiction (voir en note de lecture). Des écrivains comme François Bon ou Luc Lang (Délits de fiction) argumentent en déplaçant le problème fiction/non-fiction comme un rapport de langage (« écrire est intransitif » : François Bon rappelle la phrase de Maurice Blanchot). Quant à moi, quand on me demande ce que j’écris, je ne prends pas de risque, je me rallie à la majorité : je suis romancier, et ça n’est pas de la fiction.
(15/05/2017)

 

Peu de choses à dire en notes d’écriture, même si je viens de découvrir que VPAR est en lice pour trois prix littéraires : le prix Louis Guilloux (je le savais depuis un mois), mais aussi le prix François Billetdoux et Françoise Sagan. Attendons sereinement… Peu de choses à dire où plutôt l’écriture en ce moment se résume à la rédaction de la thèse, l’équivalent tout de même de 80 pages de roman écrites en quatre semaines, si on excepte les deux passées au Vietnam. Troisième partie entamée, me voici bien installé au milieu de mon corpus, cinquante livres qui représentent le travail contemporain. Personnages au travail, personnages de fiction, narrateurs-témoins, voilà ce que je rédige en ce moment. C’est l’occasion de reprendre un certain nombre de réflexions qui compte sur la place du personnage dans la littérature.
Danièle Sallenave : « Le personnage vit, sans doute : mais nous savons fort bien de quelle vie. C’est la vie d’une illusion. Ni plus ni moins  ».
Nathalie Sarraute : « Et selon toute apparence, non seulement le romancier ne croit plus guère à ses personnages, mais le lecteur, de son côté, n’arrive plus à y croire. Aussi voit-on le personnage de roman, privé de ce double soutien, la foi en lui du romancier et du lecteur, qui le faisait tenir debout, solidement d’aplomb, portant sur ses larges épaules tout le poids de l’histoire, vaciller et se défaire. ».
Kundera : « Le roman n’examine pas la réalité mais l’existence […] Car rendre un personnage “vivant” signifie : aller au bout de sa problématique existentielle. Ce qui signifie : aller jusqu’au bout de quelques situations, de quelques motifs, voire de quelques mots dont il est pétri. Rien de plus.  ».
Dominique Viart : « Notre époque tend plutôt à élaborer des figures – figures du présent, du passé, figures de l’homme et du monde – fussent-elles troubles, incertaines et défigurées. Ce travail de figuration qu’elle [la littérature] oppose à ce qu’était autrefois la représentation, lui confère son identité majeure . ».
Annie Ernaux : « Dans le mot roman, je mettrais littérature. La littérature est, à ce moment-là, représentée pour moi par le seul roman et celui-ci suppose une transfiguration de la réalité. [Pour La Place] Il n’était plus question de roman qui aurait déréalisé l’existence réelle de mon père. […] Tout l’enjeu  consiste à trouver des mots et des phrases les plus justes qui feront exister les choses, “voir”, en oubliant les mots, à être dans ce que je sens être une écriture du réel. ».
(10/05/2017)


Rimbaud contre Le Pen :

"[...] Regards tournés vers l'égérie, celle " comme tout le monde " à tête de lavandière, de poissonnière, le prêche commençant par " Mes chers amis " et réussissant le tour de force de placer les mots-clefs d'une politique : Abidjan, Algérie, Africains, barbares, bled, chômage, clandestins, communautarisme, corruption, courage, crime, crise, démocratie, édiles, élus, étrangers, fonctionnaires, fondamentalisme, halal, immigration, injustice, insécurité, invasion, laïcité, magistrats, mœurs, musulmans, patrie, peur, procureurs, province, souveraineté. Chiqué, répond le post-adolescent génial. Pour son Bateau ivre, voici les mots-clefs : Peaux-Rouges, clapotements, tohu-bohus, Léviathan, cataractant, lunules, hippocampes, ultramarins, Béhémots, Maelstroms… Faux nègres et flots nacreux jetés au visage de la poissonnière et de ses chers amis. Les mots ne vieillissent jamais et portent au cœur leur pouvoir de souffleter, calotter et moucher la morve des couards".

Faux nègres, Fayard, 2014, p. 292.
(02/05/2017)

 

Thèse, encore et toujours : en ce moment ça forme l’essentiel de l’écriture, donc des notes d’écriture, et ce n’est pas prêt de s’arrêter, du moins pas avant fin octobre, date encore à choisir mais qui se précise. J’ai rencontré mon directeur de thèse vendredi dernier (au retour, voir « Café Bellevue » en note d’étonnements). Je lui avais fourni la rédaction d’une deuxième partie à vérifier. Au final, l’impression de peu de choses à revoir, ou peut-être que je m’habitue enfin à cette manière de travailler ensemble : à moi, la naïveté du premier jet (naïveté est un terme un peu fort : savoir que la prose académique est précise, mesurée, argumentée), à lui, la connaissance des pièges universitaires, travers à éviter, toute une compréhension des arcanes institutionnels. La rédaction d’une thèse est très différente d’une écriture romanesque, on s’en doute, mais les relations entre le premier lecteur (celui qui vous conseille) et l’auteur, sont comparables aux prestations entre un écrivain et son éditeur. En ligne de mire, on cherche les réactions de ceux qui vont vous lire. Si le lectorat du roman demeure incertain, celui de la thèse est connu : d’abord les membres du jury, nombre restreint, unis par des préoccupations semblables, une connaissance commune du sujet. Cela peut paraître plus facile que pour un roman, on connaît le lectorat, on va pouvoir échanger avec lui de vive voix, en profondeur, en argumentant sur les choix rhétoriques, sur la pertinence de la problématique. A la réflexion, c'est casse-gueule : vous êtes l’apprenti, votre lectorat a suffisamment d’expérience pour jauger la pertinence de votre discours, examiner les pistes qui s’offraient à vous, lever des manques, des approximations.  L’éditeur de roman a une tâche moins précise, plus floue : d’abord regarder l’attrait, la nouveauté de ce que vous proposez, la langue, votre style, la cohérence avec les livres précédents ; tenter d’évaluer et d’anticiper les réactions d’un lecteur inconnu ; et surtout, parce l’édition n’est pas une entreprise philanthropique, appréhender  le potentiel commercial de votre projet de roman. Autre différence importante : dans l’édition, le professionnel (l’écrivain) c’est vous ; pour un doctorat, vous demeurez une sorte d’amateur destiné à être adoubé par ses pairs. En ce qui me concerne, le jeu est un peu différent : 99% des thèses sont un tremplin pour une carrière professionnelle, ce qui n’est pas mon cas, ma thèse est juste un plaisir de recherche (le mot plaisir, dans ce cas, étroitement mêlé à contrainte, rigueur, parfois de l’émoi, de la contrariété, de l’inquiétude). Le plaisir, cependant, se cache aussi dans l’inattendu : plaisir des découvertes, et j’en apprends beaucoup sur ma façon d’aborder la fiction en étant régi par les règles strictes de la rédaction universitaire. Nul doute que ces manières de réfléchir, d’organiser, me seront utiles par la suite, hormis la connaissance brute du sujet de la thèse qui fait de vous un spécialiste. Donc, deuxième partie remise, corrections maintenant à revoir et s’acheminer de suite vers la troisième partie. Nous avons défini les prochains rendez-vous, trois déjà avant les vacances. Le reste du travail est important : à vue de nez, c’est la charge d’un roman de 500 pages à rédiger en 5 mois, ça monte en tension… Pas d’autres choix qu’un boulot suivi avec le printemps et l’été qui seront souvent admirés par la fenêtre du bureau.
(03/04/2017)

 

Je n’ai jamais été rigoureux. Ou du moins, je ne me suis jamais considéré comme tel. Dans mon travail, j’ai souvent passé pour quelqu’un de pas très administratif, pas toujours ordonné. Dans la vie, parfois nous avons été (sommes encore ?) considérés comme des originaux pas toujours fiables auxquels il faut rappeler la ponctualité (ce qui est ridicule, je suis toujours à l’heure). Hier encore, à propos d’une erreur minime de placement dans un concert, une connaissance m’a dit cette phrase qui m’a énervé : cela te servira de leçon pour la prochaine fois. Je n’ai pas besoin de leçon, et la rigueur n’est jamais qu’une perception dans le regard d’un autre (qui souvent manque lui-même de rigueur…). Quand je regarde les faits, peu de choses à me reprocher : côté administratif, je n’oublie jamais une échéance, impôts et factures à temps, côté vie, tout est réglé comme du papier à musique, entretien de la maison, du jardin, des véhicules y compris ceux de mes enfants, ce qui fait tout de même 4 voitures, entrainements sportifs réguliers, 12 livres en 16 ans, études reprises jusqu’à cette fameuse thèse : sans rigueur, comment aurais-je pu organiser tout cela ? Alors d’où vient cette perception à laquelle je souscris ? Au quotidien, probablement. Livré à moi-même, je tarde à me mettre au boulot, j’ai toujours une bonne raison pour reculer l’échéance. Et depuis janvier, il est vrai que je suis dans cette ambiance monacale. La thèse bien sûr m’accapare, avec cette échéance d’automne, je ne peux plus reculer. À savoir m’obsèdent les heures qui s’égrènent au long des jours, dans cette tension qui vous laisse croire qu’on n’aura jamais le temps de tout faire, tout relater, rechercher, déterminer et rédiger. Il faut se représenter ce que c’est qu’un travail de thésard : un amoncellement de livres (à ce moment précis, je compte dans mon bureau deux caisses qui contiennent 93 livres et 43 ouvrages sont répandus dans des sacs, sur le sol, sur la table – ces derniers sont remués pour certains plusieurs dizaines de fois chaque jour). Il faut imaginer le temps qu’ont pris les recherches, résumées dans les 25 pages de ma bibliographie, au total près de 400 références, livres, articles, ressources web qu’il a fallu éplucher, classer se souvenir, annoter. Il y a ce calepin somptueusement intitulé « Feuilles de route » (sic !) et qui me sert de carnet de thèse, à noter des remarques, des choses à ne pas oublier, des recherches à faire ultérieurement, tout ce qui se trame en parallèle de la rédaction. La rédaction : pour exemple, rédigé une partie en un mois que je dois présenter à mon directeur de thèse, équivalent de 70 pages de roman, mais en plus argumenté, prouvé, cité : j’ai déjà 360 notes de bas de page, j’en suis à peine au tiers de la rédaction. Et tellement différente que pour un roman, peu de créativité, s’effacer derrière chaque affirmation, la prouver scrupuleusement, faire attention à l’oralité qui est un tic persistant pour moi, rien de vraiment naturel. Alors la rigueur, j’en manque. Par exemple, pourquoi revenir à l’instant de 2 heures de vélo (temps magnifique), alors que j’aurais pu mettre à profit le même temps pour remettre en ordre ma bibliographie, avancer sur ma troisième partie (remarquez que je suis à mon bureau puisque j’écris cette note, il me suffit de changer de fichier…). Jours de rigueur commencés en hiver, donc, et dans le sens où, à part quelques échappatoires sportives, ménagères ou autres (j’ai même joué au régisseur pour un concert ce week-end), je ne profite pas vraiment du printemps, rosiers taillés à la va-vite, longues heures dans les bouquins et toujours cette sensation étrange de mollesse. Au final, peut-être que la rigueur réclame ces diversions. J’ai toujours eu l’impression d’approcher mes préoccupations d’écritures en stries concentriques, ne pas y aller de front, analyser, regarder l’extérieur. Peut-être que c’est le fondement de toute recherche, universitaire ou autre, tout prendre en compte, laisser divaguer son esprit et son corps, c’est probablement faire preuve d’encore plus de rigueur.
(27/03/2017)

 

Mon Journal de la canicule est paru en poche : c’est l’actualité du moment. Rien à faire de mon côté : j’ai juste eu à donner mon aval pour la couverture, qui demeure curieusement très proche de l’édition originale. Le livre était paru en octobre 2015, la parution en poche suit un an et demi plus tard, c’est la règle. Et c’est une règle qui me convient : grande joie de voir le quatrième de mes livres en format poche, après Retour au mots sauvages, Ils désertent, Faux nègres. Pour la petite histoire j’avais oublié que ce titre, paru juste après la rentrée littéraire et au demeurant fort discret, devait paraître en poche. J’avais cru qu’il s’agissait d’une erreur, en l’occurrence de Vie prolongée d’Arthur Rimbaud, également déjà prévu, mais pas dans l’immédiat. Aussi, grande joie à voir ce livre s’ajouter à la recension de mes œuvres, fameux format poche qui vous laisse croire un instant au milieu des autres parutions bon marchés et populaires, qu’on est une sorte d’auteur déjà un peu mort, comme Beckett, déjà un peu people comme Beigbeder, déjà mélangé à de vieux Balzac, Baudelaire, Bobin, Bon, Butor pour rester dans la série alphabétique. J’ai reçu à mon domicile une dizaine d’exemplaires d’auteurs, et je me suis empressé d’en fourrer un dans le sac à dos qui m’a accompagné à Bruxelles le lendemain (voir en Étonnements). Là, dans une chambre inhabituelle, j’ai relu mon propre livre, avec la découverte qu’il sied à un tel ouvrage, de surcroît assez maigre et peu onéreux (120 grammes à la balance de ménage et 6,90 euros chez votre libraire). C’est pas mal ! Plutôt bien écrit par ce type au nom imprononçable Thierry B quelque chose. C’est l’histoire d’un mec qui écrit un journal pour se disculper d’une aventure mal engagée pour lui : ayant pénétré (par hasard ?) au domicile de ses voisins disparus depuis deux à trois mois, il décide de raconter son enquête et la litanie des jours de l’été caniculaire de 2003 (d’où le titre). Voilà pour l’intrigue. Évidemment, je connais plutôt pas mal le bouquin, mais je relis souvent les mêmes passages : le long chapitre qui commence à la page 58, les pages 128, 129 et toute la fin à partir de la page 186. C’est drôle, ça me fait toujours cela de me relire en poche, comme si un autre auteur que moi avait écrit le livre. Pour Faux nègres c’est pareil, peut-être un peu moins pour Retour au mots sauvages ou Ils désertent, enfin je ne sais pas trop, j’ai à chaque fois l’impression de n’avoir écrit ce livre que pour le retrouver quelques années plus tard dans le petit format et pouvoir le relire. J’oublie alors qui est l’auteur, je ne suis qu’un lecteur. Peut-être que cette question (forcément intime) n’a été que peu abordée par la critique universitaire : est-on lecteur de soi-même ? de quelle manière ? J’attendrai le prochain poche pour redécouvrir « mon » Rimbaud…
(20/03/2017)

 

Le week-end précédent a été bien occupé. Le samedi, les amis de Rimbaud m’ont offert la joie de participer à une de leur réunion pour exposer ma Vie prolongée d’Arthur Rimbaud. Et le dimanche, j’ai participé au salon du roman historique à Levallois-Perret. Rien d’extraordinaire, j’ai l’habitude de ce genre de manifestation où on attend le chaland devant son étal. Cela ne me gène pas, je suis plutôt du genre bavard. Pas du tout intéressé pour placer mes livres, je préfère parler de tout et de rien. Certains collègues n’hésitent pas, tendent leur livre d’une main impérative à qui passe devant eux. D’autres sont abonnés au succès, j’ai ainsi côtoyé une fois un écrivain qui félicitait chaque lecteur pour le choix d’un de ses livres en affirmant avec modestie et sérieux à chaque fois : Vous avez raison, celui-là est vraiment mon chef d’œuvre… Bref, pas trop mon truc d’alpaguer le potentiel client. Pourtant, pour une fois j’ai joué mon rôle, j’ai apporté des précisions à VPAR ou à Faux nègres, j’ai parfois convaincu et certains sont repartis avec un livre. La surprise est venue toute seule, ou plutôt deux surprises. Une dame tout d’abord, en décidant d’acheter mon livre sur Rimbaud, a déclaré : D’autant plus que je m’appelle « Baudelaire »… Certes, ça ne s’écrivait pas pareil, il y avait une lettre en plus, mais tout de même, je me suis fait un malin plaisir d’ajouter à la dédicace, en plus de son prénom, le fameux nom célèbre. Elle m’a aussi affirmé qu’elle avait bien un lien de parenté, lointain mais réel, avec le célèbre poète. Une heure plus tard, alors que j’étais encore en pleine rêverie, un monsieur cette fois, saisit VPAR. Je discute un peu, je fais l’article, il me tend le livre pour que je lui dédicace tout en affirmant : Vous savez, je m’appelle « Rimbaud ». Certes, là encore, la calligraphie était différente, mais tout de même, rencontrer Rimbaud et Baudelaire dans la même journée et leur dédicacer un livre, ce n’est pas banal. Seul regret : j’avais aussi sur mon étal le livre que j’ai consacré à Picasso en 2007 (1937, Paris Guernica), mais hélas, personne ne s’est présenté en revendiquant s’appeler Cézanne ou Matisse. On en veut toujours plus…
(06/03/2017)

 

Proust commence, vers 1910. Dans Contre Sainte-Beuve, il note : «  Les beaux livres sont écrits dans une sorte de langue étrangère ». Puis Sartre anone la formule dans Les mots en 1964 : « On parle dans sa propre langue, on écrit en langue étrangère ». Enfin Barthes renchérit six ans plus tard en 1970 : « L’écriture est une langue étrangère par rapport à notre propre langue, et cela même est nécessaire pour qu’il y ait écriture ». On pourrait trouver d’autres exemples. Cela suffit à me ravir, moi qui cultive le complexe de ne savoir parler aucune langue étrangère. L’anglais, que je sais à peu près comprendre et lire, mais que je suis incapable d’écrire et encore moins de parler sans faire répéter trente fois mon interlocuteur, est mon grand regret. Ah ! J’aurais tant aimé être bilingue comme Beckett ! Soit. Mais revenons à cette langue des romans qu’on prétend étrangère. Je me souviens dans un débat scolaire qui réunissait plusieurs auteurs, une lycéenne m’avait apostrophé : « Ouah, m’sieur, vous écrivez trop chelou. Faut un dico pour piger chaque mot. On  comprend rien ». J’avais répondu qu’écrire, c’est comme parler une langue étrangère, on ne comprend pas tout, mais le sens général est là. Et surtout ça nous déporte, on voit d’autres couleurs, d’autres sensations (enfin moi, ça me le fait). Et à force de lire, comme de parler une autre langue, on précise les descriptions, les paysages, les dialogues. On était myope et la lecture vous fait comme des verres correcteurs. Et puis, je ne sais pas écrire autrement. Je viens d’un pays forgé par Queneau, Vian, Fallet, Cendrars, Genevoix, Simon, Duras… Je peux aligner des centaines de références, elles ont toutes en point commun d’avoir été nourries également par cette fameuse langue étrangère forgée au début du XXème siècle, héritage d’Anatole vieille France. La langue évolue et c’est tant mieux. Mais elle le fait à son rythme, rivière en crue ou canalisée, on voudrait la dompter mais c’est impossible. On veut la brusquer, pire, on l’institutionnalise par des stupidités (effacer grec et latin, nénufars, etc.). Reste donc ce sentiment de la langue étrangère, vieille lune qui cohabite avec d’autres regrets, comme par exemple le fait que le français ne serait pas une langue littéraire (Diderot lance le pavé dans la mare le premier). Que d’autres seraient plus douées, l’anglais (encore lui…). On reproche à notre langue son inexpressivité. Bref, à force de taper sur elle, dans ce sport typiquement national, on a fini par la considérer comme une langue morte : « ça doit mourir. Il faut s’y résigner », clame Céline, « la langue des romans habituels est morte, syntaxe morte, tout mort ».  Ce n’est pas gai. Est-ce pour cela qu’on imagine une autonomisation de la langue littéraire ? Bourdieu évoque la naissance d’une bohème artiste incapable de l’assimiler et prônant l’art pour l’art. La langue littéraire est une langue de bobos. C’est parfois souvent vrai et c’est énervant. Lorsque j’écris, je ne me pose pas ces questions, sinon je n’avancerais jamais. Je trace mes phrases, j’énumère mes adjectifs. Quelquefois une phrase bancale convient mieux. A d’autres moments, on aimerait creuser la langue comme pour y enterrer quelque chose. On a des tics. Des réflexes salvateurs aussi : toujours se méfier d’une phrase qui vous plait. La langue, ma langue en tous cas, est vivante, elle remue en moi. Elle est étrangère, en ce sens qu’elle me dépayse.
(27/02/2017)

 

Proust filmé ! C’est ce qu’affirme un chercheur canadien qui a visionné le film du mariage d’un de ses amis en 1904. La découverte est extraordinaire, d’autant plus que le film est d’une excellente qualité. Proust s’y reconnait aisément. Mais autant il est également extraordinaire de retrouver un cliché de Rimbaud, autant ce plaisir se décuple en voyant le personnage s’animer. Proust est rapide, double le cortège sans manière dans les escaliers, allure de sportif. Il a trente-trois ans et ne s’est pas encore enfermé dans sa chambre pour écrire la Recherche. Il emmagasine sans doute bien des visions qu’il restituera plus tard : ainsi cette scène de mariage, peut-être inspirée par cette journée : « Et mes regards s’arrêtant à ses cheveux blonds, à ses yeux bleus, à l’attache de son cou et omettant les traits qui eussent pu me rappeler d’autres visages, je m’écriais devant ce croquis volontairement incomplet : « Qu’elle est belle ! Quelle noblesse ! Comme c’est bien une fière Guermantes, la descendante de Geneviève de Brabant, que j’ai devant moi ! » Et l’attention avec laquelle j’éclairais son visage l’isolait tellement, qu’aujourd’hui si je repense à cette cérémonie, il m’est impossible de revoir une seule des personnes qui y assistaient sauf elle et le suisse qui répondit affirmativement quand je lui demandai si cette dame était bien Mme de Guermantes. Mais elle, je la revois, surtout au moment du défilé dans la sacristie qu’éclairait le soleil intermittent et chaud d’un jour de vent et d’orage, et dans laquelle Mme de Guermantes se trouvait au milieu de tous ces gens de Combray dont elle ne savait même pas les noms, mais dont l’infériorité proclamait trop sa suprématie pour qu’elle ne ressentît pas pour eux une sincère bienveillance et auxquels du reste elle espérait imposer davantage encore à force de bonne grâce et de simplicité. »
(20/02/2017)

 

Aléas, non pas au sens des hasards et des imprévus de la vie, mais au sens de l’aléatoire, du choix hypothétique, hasardeux. Aléa, c’est aussi une fonction du tableur Excel et, tant que j’en suis à ranger les livres (voir en Étonnements), je dépoussière aussi mon ordinateur. C’est ainsi que j’ai retrouvé quatre fichiers nommés ALEA, qui sont en réalité des petits programmes constitués avec cette fonction du tableur. Le principe est simple, j’ai constitué des listes de noms, une structure de phrase précise et, à chaque ouverture, le tableur vient puiser de manière aléatoire dans les listes pour former un petit haïku.
L'ordinateur vous propose ainsi : 

Crépuscule qui resplendit
L'escargot aperçoit tranquillement
.
ou encore :
Paysage d'automne                                        
Même l'enfant gagne le ciel
.
ou bien :
L'homme signale l'élégant     
Comme la jeunesse pour le chien
.
ou également :

Matin qui brille
J’aperçois un esprit
.
Ce dernier est particulièrement évocateur. Il est, comme les autres, composé uniquement par une machine. Mes petits moteurs d’écriture datent de 1998. A cette époque je me souviens que j’étais très impressionné par les travaux de Jean-Pierre Balpe et la fabrique automatique de textes. J’avais même, au début des années 2000, fabriqué un générateur de comptes-rendus de réunion conçu de la même manière que pour mes haïkus. Jargon d’entreprise, formules passe-partout, ça se tenait et je me souviens que j’en impressionnais plus d’un à bâtir ainsi en un clic de souris mes comptes-rendus…
(13/02/2017)

 

Week-end à Nîmes pour le festival de la biographie (voir aussi en Webcam). Tout est sur place : on sort de sa chambre d’hôtel pour aller s’asseoir à sa table au rez-de-chaussée, derrière sa pile de livres, discuter avec ses coéquipiers, les passants, dédicacer quelques exemplaires. Ici, je fais figure d’iconoclaste. Ma biographie de Rimbaud n’en est pas une, les visiteurs s’attardent à lire les quatrièmes de mes romans, dont les titres et les couvertures interpellent. Pas de titres du genre Shakespeare, l’espion des âmes, comme ma passionnante voisine Henriette Chardak, pas de couvertures avec portrait accrocheur style Jack London en situation. La preuve, je ne me souviens pas avoir signé un seul VPAR pendant deux jours, grand plaisir cependant à évoquer RMS ou ID. Et puis grand plaisir à retrouver Michel Bernard (Deux remords de Claude Monet, La table ronde) et faire la connaissance de Françoise Cloarec (L’Indolente, Stock) qui a écrit sur Marthe Bonnard, l’épouse du peintre. Il y a aussi Bernard Chambaz, que je souhaitais depuis longtemps rencontrer. Grande joie d’avoir échangé avec lui, venu pour évoquer Aryton Senna (A tombeau ouvert, Stock). Nos conversations auront aussi porté sur une autre passion sportive (voir La petite bibliothèque du coureur, en Notes de lecture). Beau week-end, donc, avec en plus deux footing de 12 km le matin à la fraiche, pluvieux le premier jour, ensoleillé le deuxième. Je ne connais pas de plus grande satisfaction à découvrir de cette manière une ville que je ne connais pas. Á Nîmes, je suis passé en petites foulées devant tous les monuments, la maison carrée, la tour Magne en haut d’un parc très agréable, redescente jusqu’au stade de foot, retour via les arènes dont la circonférence fait cinq cents mètres avalés à fond, histoire de clôturer l’entrainement. Après dix jours de températures négatives dans mon grand Est, cette douceur était bienvenue.
(06/02/2017)

 

Jamais je n'aurais pensé prendre autant de plaisir à rédiger une bibliographie. Bien sûr ce travail s'apparente à celui de moine copiste que j'évoquais dans cette même rubrique quinze jours auparavant. Normes éprouvées, rédaction au millimètre, suite de noms d'auteurs, d'ouvrages, lieux, maisons d'édition, dates de publication, les lignes s'entassent, déjà plus de vingt-quatre pages d'ouvrages repérés, lus, annotés, cités. Rien de fastidieux justement, je me replonge dans l'histoire de ma thèse. Je connais souvent les ouvrages que je cite depuis plus de dix ans, et grand plaisir à retrouver ce compagnonnage, à réunir des articles de presse, des revues critiques disséminés un peu partout, sur des étagères, au fond des bibliothèques de la maison, mais aussi cachés dans les fichiers numériques constitués au fil des années, regroupés dans des dossiers, éclatés dans les différents ordinateurs de la maison ou sur des clés USB. C'est un travail que j'aurais dû probablement entreprendre depuis longtemps, mais j'étais plus dans la rédaction " en dur " de ma thèse, ce qui est probablement une erreur. A organiser cette biographie, la fameuse problématique du doctorant s'éclaire, la thèse que l'on veut défendre se précise, au sens d'affirmation, opinion, démonstration, position. C'est à la fois bien et préférable dans cette dernière ligne droite de quelques mois qui va précéder la soutenance, mais c'est aussi effrayant, tant il me semble que tout ce que j'ai rédigé jusqu'à présent doit être remanié. J'ai peur que le temps me manque. Je me console en me disant que c'est probablement un effet naturel que doivent connaître tous les doctorants. En même temps que j'élaborais cette biographie, j'ai ouvert un carnet de thèse, manuel, dans lequel je griffonne au crayon les idées qui me viennent et que je n'ai pas envie d'oublier sur le moment, ce petit historique des jours de travail est important. En plus ce carnet est beau, j'ai utilisé celui qu'une libraire m'a très aimablement offert : il s'appelle " Feuilles de route ", c'est dire…
30/01/2017)

 

En rangeant mes tiroirs de travail, j’ai retrouvé le ticket de caisse d’une librairie de Châlons. Le 2 mars 2010, j’avais acheté La Centrale d’Elisabeth Filhol. Et de suite me vient à l’esprit les porosités que la littérature a distillé au fil des jours de labeur. Parfois, dans les heures de bureau, il me venait une irrépressible envie d’acheter un livre. Il fallait que je sorte dans l’immédiat jusqu’à la librairie la plus proche. Par moment, je n’avais pas de besoin précis, il me fallait juste un livre, un petit carré de feuilles et si, par malheur, je repartais bredouille, n’ayant su choisir, ou affligé par de maigres étals (une fois, j’ai demandé Cesare Pavese, on m’a demandé comment ça s’écrivait, et au bout de lentes recherches, on m’a répondu qu’on ne faisait pas les auteurs peu connus…) je trainais mon ennui au retour, incapable de me mettre au travail, de rédiger un compte-rendu ou de prévoir une réunion. Perméabilité ainsi d’attitude entre travail et lecture. D’autres fois, c’était de belles surprises. Je me souviens de ces nouvelles de Beckett lues dans un Mac Do à l’heure de la pause-déjeuner, moi en costume de boulot, la prose de l’irlandais si magnifique et qui se heurtait aux murs artificiels de la restauration rapide. Je me souviens du Journal de Jean-Patrick Manchette, acheté à Beauvais en sortant d’un rendez-vous de travail. J’ai gardé en photographies les livres qui m’accompagnaient lorsque je partais plusieurs jours (exemple : La Route de Mac Carthy, bien nommée, dans cette page spéciale VRP).
Porosité de la littérature, côté écriture aussi : j’ai parfois rédigé quelques paragraphes d’un livre en cours dans le décor de mon bureau, affiches de propagande au mur, dossiers sur la table, au milieu, les lignes incongrues d’un futur livre sur l’ordinateur. Ça durait peu, à peine une paire d’heures volées au salaire, j’avais la réputation de travailler vite, ça compensait. Et puis j’ai toujours bossé par objectifs, je sais ce que j’ai à faire et dans quels délais, ça m’a servi au boulot et pour l’édition. Là encore souvenirs croisés : les lieux de travail qui alimentent l’écriture, comme dans Central, plus curieusement Bestiaire domestique avec les pigeons si proches de mon bureau sous les toits. J’ai toujours mêlé littérature et vie professionnelle, vie tout court d’ailleurs. J’ai fait mienne depuis longtemps la phrase de René Fallet : « Je n’ai jamais mis de frontière entre la vie et la littérature. J’ai toujours pensé qu’il me fallait vivre le plus littérairement possible». On m’a collé parfois l’étiquette d’écrivain du travail (ce qui ne me gêne absolument pas) et, aujourd’hui, alors que le travail salarié s’arrête et va se confondre en un seul bloc avec la littérature, nul doute que cette phrase va m’aider à continuer.
(23/01/2017)

 

En fait cet article devait s’appeler « rédaction académique », et, en prononçant le titre, d’emblée le lapsus de « réaction » s’est imposé. Non pas réaction au sens de réactionnaire comme une marche arrière, mais quelque chose de plutôt tiré vers l’avant, le mouvement, le panache de vapeur dans le ciel de l’avion à réaction, quelque chose de survenu, de rapide, d’irréfléchi, tout le contraire de ce que l’on pourrait envisager via le vocable de « rédaction », l’écriture sensée, pesée, appuyée par le sentiment d’académisme, d’institution, la vénérable pesanteur des Lettres, l’académie, l’université. C’est une remarque que l’on me fait, tandis que je suis friand de conseils bienvenus pour la thèse que je prépare. C’est important, bizarrement gratifiant d’être là, d’avoir roulé 200 km pour ce rendez-vous. On ne dévoile pas assez les coulisses des aventures doctorales, ceux qui s’y collent évacuent leur thèse terminée avec un soupir de soulagement, c’est éprouvant, ça dure, ça clôt le chapitre des études françaises, on est au sommet, enfin ça implique, ça use, ça modifie : souvenir de ce couple qui a retardé leur premier enfant le temps que madame termine sa thèse. Ça caricature aussi : voir ce fameux extrait du film On connaît la chanson. Enfin c’est utile, l’avenir en dépend pour beaucoup afin d’atteindre le top de l’université, parfois flirter avec les meilleurs spécialistes internationaux de la recherche. Mais chercher quoi ? Je recommence, vous ne comprenez pas : la thèse universitaire, le doctorat institutionnel, le graal académique est l’entrée dans la Connaissance, L’Intelligence, la Compétence, la Science sans conscience qui n’est que ruine de l’âme. C’est cela que l’on cherche, il faut de la méthode et c’est pour cela ces 200 km, cet allant, la bienfaisante excitation d’être bousculé, remis en cause : réaction plutôt que rédaction, donc
Mais c’est après ma rédaction qu’il en a, celui qui me reçoit : la mienne manque d’académisme, j’écris avec oralité, je parle tout haut, je converse, je conférence, j’apostrophe, je bavarde, j’harangue. Je le sais : ces Feuilles de route sont le reflet depuis tellement longtemps de mes paroles jetées au vent. J’ai du mal à faire autrement. En même temps, ce qu’il me dit me travaille : il n’y a pas que cette langue académique qui me fait défaut, et la difficulté traverse en osmose mes tirades littéraires. Mes constructions narratives sont de la même trempe, énoncées à voix haute, ânonnées, récitées, psalmodiées, déclamées comme le « gueuloir » de Flaubert. Mes personnages sont bavards, ils pensent tout haut à travers mes lignes, ils sont moi, un Don Quichotte toujours partant pour embrocher des mots au hasard. Et c’est sans doute le vrai défi de cette thèse, remettre en cause cette écriture, lui donner profil bas, voix souple de récitant, phrases nettes de tâcheron, plus précises, les mots plus simples, moins d’imprévus, de possibles, d’adjectifs, changer, modifier l’ordre de ma représentation romanesque, voir ailleurs. Rédaction académique : j’aurais pu laisser croire à des enjeux poussiéreux, à de vieilles manifestations séculaires, ce n’est pas ça. L’académie, ça remue, ça me remue d’autant plus que je n’y ai pas d’intérêt, c’est une thèse pour le plaisir et celui que j’y prends maintenant vient de cette liberté de chercher, ne pas forcément trouver mais avoir accompli un chemin, avoir accroché une lampe en haut d’un arbre, redescendre de l’escabeau et m’apercevoir qu’elle est déjà éteinte, mais que d’autres à leur tour vont monter sur l’escabeau, rallumer la lumière. Il me faudra réserver cette logorrhée pour ici et ces débordements pour plus tard : voici venu le temps du moine copiste.
(16/01/2017)

 

 

« Nous sommes en 2017, précisément le 10 janvier 2017, à Louvemont, en Haute-Marne, France, Europe, Monde, Système Solaire et Univers. Il ne s’est rien passé depuis vingt ans. Ou si peu…».
Donc, nous sommes maintenant « le 10 janvier 2017 », comme dans mon livre. A l’époque de sa parution, je me souviens avoir dit en forme de boutade aux acheteurs (120 francs ! l’euro viendrait peu après) que je m’engageais à les rembourser si ce que j’avais prédit ne se réalisait pas. Mais comment mesurer ? Il reste toujours des vaches (heureusement) mais l’Europe que j’imaginais toute puissante, fédérale et avec trente-six nations, a perdu sa crédibilité et sa capacité d’agir. Bien sûr, le monde s’est durci, World Trade Center, attentats, guerres, terrorisme : à la réflexion, rien qui ne change vraiment chez les humains belliqueux depuis des millénaires. En revanche, il ne fallait pas être grand devin pour imaginer qu’à l’échelon local « Il ne s’est rien passé depuis vingt ans. Ou si peu… ». Le président du Conseil général (devenu départemental) était déjà en place, il y est toujours. Lui aussi a créé sa réserve bucolique, comme le jeune fonctionnaire Simon de mon livre, avec un projet nommé Animal explora, lancé depuis presque vingt ans aussi et qui peine à voir le jour. Depuis cette époque, on nous rabâche aussi que le site d’enfouissement des déchets nucléaires de Bure n’est qu’une expérimentation. Oui, rien n’a changé. Notre département qui fabriquait autrefois les plaques d’égout de la capitale, servira de poubelle, c’est le destin d’ici, zone en marge dépeuplée d’habitants, pas d’intérêt politique. Les indigènes qui restent sont modestes et prennent de l’âge, des Faux nègres que Marine Le Pen récupère à Brachay. Nous vivons dans une réserve comme je l’avais prévu dans mon livre. D’ailleurs ma proximité avec Vincent, père de Simon, un personnage qui me ressemblait et dont le « le 10 janvier 2017 » était le premier jour de sa retraite, n’a jamais été aussi forte : j’arrête mon activité salariée dans une semaine. Huit jours d’écart pour une anticipation qui date de vingt ans, c’est plutôt bien prévu… Autres prédictions proches, j’habite toujours au même endroit, à quinze kilomètres du village de Louvemont, je mets d'ailleurs un point d'honneur à le photographier ce 10 janvier. J’écrivais aussi « Par la fenêtre, la lune est ronde […] il doit geler ». La pleine lune est dans deux jours et il gèle toutes les nuits… Je peux continuer comme cela sur beaucoup de coïncidences : par exemple, mon fils est établi à Bruxelles, et Simon s’y rendait souvent pour son projet de ferme touristique. Bref, je décide unilatéralement que ce que j’avais prédit se réalise sur beaucoup d’aspects  étonnants, par conséquent, je ne me sens pas redevable à rembourser mes chers premiers lecteurs (qui sont par ailleurs toujours mes amis – le resteront-ils après cette déclaration fracassante ?).
Ce que je n’avais pas prévu également, c’est la venue de la télévision pour un reportage à propos de mon premier livre. J’avais proposé l’idée au journaliste présent lors de mon récent passage à Midi en France, et, dès la fin de l’année, nous avons imaginé avec l’antenne champenoise de France 3 un court sujet, dans lequel nous pourrions comparer la situation actuelle d’un éleveur haut-marnais, avec celle que j’avais décrite dans La Réserve. Je suis très heureux d’avoir pensé à Rachel et à son mari Emmanuel, agriculteur à Millières. J’avais rencontré plusieurs fois Rachel à Nogent, bibliothécaire passionnée, qui travaille de concert avec Philippe, connu dès La Réserve grâce aux écrivains de Haute-Marne, et dont l’implication de plus de trente ans à la médiathèque de Nogent est une référence. Je suis d’autant plus heureux parce que leur situation professionnelle n’est pas fameuse : un changement de direction a balayé leur bel enthousiasme, car c’est cela aussi l’inconvénient de nos faibles départements, plus fragiles que les autres. Les remarquables réalisations reposent sur une ou deux personnes et on peut annuler par une décision irréfléchie le fruit d’une vie de labeur : qui se soucie du patrimoine littéraire disparu ? Ainsi, le jour de tournage avec l’équipe de France 3 a été l’occasion de réunir ceux qui comptent pour moi. Nous avons commencé chez Françis Zahn, libraire et éditeur au Pythagore à Chaumont, nous avons continué chez Rachel et Emmanuel, ambiance chaleureuse pour le jour le plus froid de l’année, le thermomètre est descendu à moins onze dans leur ferme. Les vaches sont sereines, elles vont seules au robot de traite ou sous le rouleau qui les brosse (voir en Webcam) Comme dans La Réserve où Bernard, l’agriculteur appelle ses vaches par leur prénom, Emmanuel et son associé les respectent de la même façon. Nous irons à l’étable, dans les prés gelés avec Epée, la douce vache salers, joyeuse sous le soleil. Nous déjeunerons tous ensemble avec l’équipe de tournage, Rachel a prévu un repas de communion, et c’est vraiment la fête. Le tournage durera la journée : une parenthèse enchantée en guise de conclusion et que je n’avais pas prévue dans La réserve. Diffusion du
reportage de FR3 La Réserve vendredi 13 janvier 2017, à 10h30 et 19h15 sur France 3 Champagne-Ardenne.
(10/01/2017)

 

L’année qui vient, pour la première fois depuis trois ans, ne verra pas s’agrandir la liste de mes parutions. Après Faux nègres en 2014, Journal de la canicule en 2015 et Vie prolongée d’Arthur Rimbaud en 2016, pas de nouveauté pour 2017, hormis la parution en mars prochain de Journal de la canicule en poche (grand plaisir à voir la liste des poches se compléter, ce sera le quatrième). Mon parcours d’un livre annuel marque une pause, ma réputation locale d’Amélie Nothomb en souffrira. Mais je ne resterai pas inactif côté lettres : j’ai déjà des rencontres programmées dans la suite du S.A.V. de VPAR. D’ailleurs, en parlant de rendez-vous, mon agenda 2016 affirme que, cette année, j’ai donné suite à trente-huit rencontres, interviews, rendez-vous divers et variés aux quatre coins de la France et même à Londres.
2017, cependant, reste dévolue à un seul objectif…. roulement de tambour… ma thèse ! Je mets tout en œuvre pour concrétiser cette fameuse étude sur la littérature du travail qui me passionne depuis longtemps. J’avoue que, depuis que je l’ai entreprise, j’ai trainé pour cause de publications (cinq livres et deux nominations au prix Goncourt, ça occupe), mais la motivation reste intacte. J’avance, pas assez vite à mon goût, mais la réflexion de type universitaire que j’entreprends ne souffre pas d’incertitudes. Au final, un peu de rigueur ne fait pas de mal aux êtres imaginatifs que sont les écrivains. J’aimerais prévoir sa conclusion, sa soutenance donc, au début de l’automne.
L’année 2017 sera aussi à marquer d’une pierre blanche : c’est ma dernière année de travail salarié, je devrais même dire, c’est mon dernier mois, et ce point, que j’avais romancé et prévu vingt ans auparavant dans mon premier livre La réserve, Haute-Marne 2017, se réalise avec une différence minime de huit jours seulement (on en reparlera très bientôt). Je quitte donc avec un peu d’avance mon job nourricier, que j’effectuais d’ailleurs à temps partiel depuis plus d’un an. Cette liberté nouvelle n’est pas rien : j’ai tout de même consacré trente-neuf ans sans aucune interruption à mon travail « dans les télécommunications » comme il est indiqué sur les quatrièmes de couvertures de mes premiers romans. J’ai eu la chance de rester en bonne santé, je ne me souviens pas m’être arrêté, les dernières années ont glissé avec une facilité et un vrai bonheur au travail.  Ce nouveau temps libre sera évidemment consacré en premier à la rédaction de ma thèse. Il est drôle de penser que ma réflexion sur la manière dont les écrivains racontent le travail se concrétise au moment où j’arrête le mien.
(02/01/2017)