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depuis septembre 2000
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Notes d'écriture
Le sport et la littérature ont eu autrefois des rapports
mitigés. Il y avait les tenants dune posture décrivain souffreteuse devant
« la table de peine » (dixit Bergounioux). Cette caractéristique, plaçant
haut sur un piédestal lécrivain entièrement consacré à son art, navait
que faire des plaisirs terrestres de lexercice. La recherche de linspiration
comptait sur des addictions incompatibles avec une bonne hygiène de vie et il était de
bon ton de brocarder les sportifs et de considérer lexploit physique comme une
puérilité inutile.
Je ne sais pas si les choses ont changé. Je connais simplement beaucoup de livres qui
abordent le sport. Ceux de Bernard Chambaz sont très éclectiques : la course
automobile avec Aryton Senna dans A tombeau ouvert (Notes de lecture du 22/05/2017) ou le football avec le destin tragique
du gardien de but Robert Enke dans Plonger (Notes de lecture du 03/07/2018), ou la course à pied avec La
petite bibliothèque du coureur (Notes de
lecture du 06/02/2017). Lorsque je lai rencontré en janvier 2017 dans un salon
du livre à Nîmes, je me souviens en avoir longuement discuté avec lui. Dailleurs,
mon journal de course indique que javais couru deux fois 12 km le samedi et le
dimanche ce week-end là (souvenir des arènes, de la maison carrée, de la tour Magne en
haut du parc). Pour rester dans le domaine de la course à pied qui mintéresse, il
y a Courir de Jean Echenoz, sur Zatopek (Notes de lecture du 15/09/2010), mais aussi Petit éloge du running,
de Cécile Coulon (Notes de lecture
du 05/01/2021), et, bien sûr, la bible de tout écrivain-coureur : Autoportrait
de lauteur en coureur de fond, dHaruki Murakami (Notes de lecture du 07/09/2010).
On le voit, écrire sur le sport oscille entre lessai, la réflexion philosophique
ou lhagiographie dun sportif célèbre. De la même manière, tout sport
balance entre compétition et pratique quotidienne, La recherche de la performance est
toujours une question de rigueur dentrainement : on travaille dur mais on rêve
de la médaille. Le métier décrire participe de la même veine : on rédige
des pages pendant de longues heures mais on espère une reconnaissance, un prix, un
succès.
Je nai jamais été un compétiteur forcené en course à pied et mes performances
sont très modestes. Pareillement pour lécriture, je suis un écrivain de seconde
zone, un « écrivain mineur », comme sest toujours vanté dêtre
René Fallet, et cela me convient parfaitement. Donc écrire sur le sport nest pas
pour moi un relai de mes exploits, par ailleurs inexistants, mais plutôt une manière de
serrer au plus près la banalité qui préside à toute activité physique, la
possibilité de se dépasser dans la répétition des entrainements. Relater une
compétition, une échéance de course à laquelle on sest inscrit, cest ainsi
revoir létat desprit qui préside au moment du départ, tenter
dexprimer les moments où on se dit quon est en-deçà ou au-delà de ce
quon espérait. Cest revivre chaque virage, chaque montée, chaque passage
particulier jusquau moment où on voit se profiler larche gonflable de
larrivée (ce que jai essayé de faire en Étonnements cette semaine). Ce sont
des instantanés, qui, mis bout à bout, forment un récit monomaniaque, épique, inutile
et démuni, à la manière de Don Quichotte combattant des moulins à vent.
Ainsi, si je devais écrire un récit sur le sport, ce ne pourrait être que sur mon
insignifiante expérience du footing, jogging, running, course à pied, une sorte
dessai peut-être, un faible témoignage ou plutôt une déposition, un
procès-verbal, un rapport neutre, de la même manière quArthur Rimbaud, retiré
des affaires (affres ?) de la poésie, avait écrit le sien sur lOgadine pour
le compte de la Société de Géographie. Non que je naie rien à dire, peut-être
trop dailleurs si jen crois les 2100 séances dentrainements ou de
compétition que jai soigneusement notées depuis 2009. Les quelques commentaires
sibyllins sur chacune delle charpentent déjà lhistoire, le roman, la fable,
lintrigue, lallégorie, la saga, lodyssée :
« couru au feeling, jambes lourdes (couché à 2h du mat). Temps doux, 18°.
Beatles - 10/10/2010 »
« couru le long du canal à 14h en pleine digestion de pates à la
bolognaise
Temps gris un peu de vent, 9° - 06/12/2015 »
« Première participation au Trail des Lumières : le 20 km en fait plus de 22 !
400m de dénivelé, terrain gras, côtes parfois raides, lampe frontale trop juste la nuit -
14/10/2017 ».
« Me voilà finisher au Marathon du Der ! Grosse chaleur orageuse de 29°.
Abandon des 2 favoris, c'est dire les conditions
10/06/2018 »
(20/02/2025)
Jai vu récemment un reportage sur Joyce Carol Oates. On la voit écrire de
lextérieur face à la fenêtre de son bureau à différents moments de la journée.
Son visage est éclairé par lécran et montre sa concentration. Ainsi, on a
limpression de lépier en la voyant de lextérieur. On voit sa maison,
la porte dentrée, une partie du toit, un salon au rez-de-chaussée, et les trois
fenêtres juste au-dessus. Cest à travers celle du milieu quelle fait face au
dehors.
Le même jour, jai lu une interview de Russel Banks (décédé en 2023 et qui était
dailleurs un des meilleurs amis de Joyce Carol Oates). Il dit exactement le
contraire : il tourne le dos à la vue incroyable des montagnes avoisinantes et
affirme : « Surtout pas de distraction. Si je regardais par la fenêtre je me
mettrais aussitôt à rêver. »
Evidement, je me suis posé la question à mon sujet, et grande surprise : jai
réalisé que javais adopté les deux attitudes. Dans le bureau de ma maison,
jai la lumière dans mon dos comme Russel Banks, tandis que dans mon appartement
près de Paris, je minstalle face au bow-window de la pièce principale, comme J.C.
Oates.
Il y a toutefois un point commun à mes deux lieux décriture, laisance que je
ressens à my installer, comme si lécriture en devait être facilitée, comme
si, pour lun et lautre, ce ne pouvait être que le seul endroit possible dans
la maison ou lappartement. Jai limpression quainsi posé,
installé, les vieilles peurs, les inévitables réticences à me mettre au boulot, à
écrire (ce que daucuns nomment langoisse de la page blanche qui, à mon sens,
est plutôt la crainte de pages grises et insipides) existent moins, dune certaine
façon sont combattues par le rituel qui précède lécriture: sasseoir
toujours au même endroit, ouvrir lordinateur, lallumer, se plonger dans les
pixels
A bien y réfléchir, ce nest pas tant la question dêtre face ou pas à la
fenêtre qui mimporte, mais plutôt la manière dont « je me vois » dans
la maison ou lappartement.
Par exemple, jai besoin de sentir la maison ouverte devant moi au-delà du bureau
Louis XVI en merisier acquis il y a un quart de siècle, de voir les portes, le couloir,
de deviner les pièces, létage, les garages, toute cette présence domestique pour
pouvoir écrire. Peut-être que cela vient du fait que mon écriture (et jai sur le
coin de mon bureau, à trente centimètre de là où précisément jécris, la pile
de mes dix-sept livres écrits en vingt-cinq ans) a toujours été étroitement mêlée à
« la vie matérielle » (pour plagier Marguerite Duras), cest-à-dire que
je sais quil me faudra laisser mes mots suspendus pour mettre une lessive, préparer
un repas, autrefois moccuper de mes enfants
etc.
La fenêtre dans mon dos me semble positionnée naturellement. Elle donne sur le jardin,
la rue. Dune manière générale, je naime pas que les volets soient fermés,
jaime sentir la possibilité de regarder au dehors, de sortir, de sentir la maison
(que joccupe depuis 35 ans) enchâssée dans la ville, faisant corps avec, me
rendant disponible pour mes amis, ma famille, les connaissances, les voisins.
Dans lappartement, la question sest posée différemment. Mais dun
bloc : en emménageant dans ce quatrième étage, dont un superbe bow-window
surplombait la petite cour arborée qui mène à la rue, nous nous sommes sentis comme
dans la cabine dun bateau. Dès lors, il était naturel de sinstaller devant
cette large ouverture, comme un capitaine regardant lhorizon (limité toutefois à
limmeuble de lautre côté de lavenue). La grande table carrelée de nos
jeunes années y a trouvé sa place (jy tiens beaucoup : je lai
fabriquée avec mon jeune beau-frère en 1982). Désormais, jinstalle
systématiquement mon ordinateur portable face à la fenêtre et jembarque comme un
matelot sur la mer de lécriture.
Jai souvent remarqué que jécrivais dans cet appartement avec facilité, les
mots viennent aisément. Mais en revanche, dans cet appartement, ma position tournée vers
lextérieur est plus logique que celle tournée vers lintérieur de ma maison.
Ici, cest plus un lieu occasionnel, dévolu à des rendez-vous parisiens, expos,
concerts, visites, activités éditoriales, rencontres littéraires, bref, des activités
en-dehors. La porte dentrée est dans mon dos, il me suffit de louvrir, de
prendre lascenseur et de rejoindre laventure de la capitale. Ainsi, la vie se
passe ailleurs, même sil marrive (de plus en plus souvent) de rester dans ce
havre de paix pour y écrire de façon monacale.
Ecrire, donc : je réalise que ce qui semble le fruit du hasard, ou de la disposition
initiale de la pièce destinée à recevoir les mots, nest pas si simpliste que
cela. Cest la vie, lhistoire, ce qui nous a conduit ici qui nous guide et qui
nous fait un jour nous installer et ouvrir lordinateur devant ou face à la
fenêtre.
(10/02/2026)
Jai déjà évoqué cette parenthèse qui a englobé le
premier jet de Martin Martin, ma toute première tentative décrire un roman,
et la reprise de ce texte afin de le terminer dix ans plus tard (note décriture du 01/02/2012).
Jai lhabitude de raconter (de fanfaronner) sur cette injonction qui ma
obligé à terminer Martin Martin dix ans plus tard. Ainsi, je plastronne sur la
révélation que javais eu, à lépoque, quun livre, réalisé à chaque
décennie, ne me permettait pas denvisager une carrière dauteur. Il est vrai
que les années suivantes, lobsession dune rapidité décriture
obligatoire a ainsi lancé la machine.
Pour autant, entre ces deux Martin, il y a eu ces années vides (ou presque) de toute
écriture. Je ne pense pas avoir déjà raconté cette vacuité. Lépisode de la
balle de Souchon (voir en étonnements) ma replongé en fait à lintérieur de
ces années. Sans doute que ce temps sans stylo était-il compensé par dautres
activités. Peut-être faut-il que je procède à la manière dun CV pour retracer
cette période, en faire linventaire et la comprendre.
- Juillet 1978 (mon relevé de carrière me fait commencer ma carrière professionnelle
précisément le mardi 18 juillet quatorze jours plus tard je fête mes 20 ans) à
lautomne de cette même année, je suis à Toulouse, je me destine aux métiers des
PTT, spécialité « bureaux mixtes » suite à un concours passé au printemps
de la même année. Jachète un cahier et je rédige 45 pages de Martin
Martin.
- Novembre 1978 à avril 1979 : je suis affecté en région parisienne dans le 93 à
Villepinte. Je débarque dans un foyer ou mon colocataire trafique dur. Je me barre au
bout dune semaine et jatterris dans une maisonnette où je vis comme un
ermite. Martin Martin reste en plan, mais je découvre René Fallet pendant ce
temps-là. Je dévore les livres, Barjavel également. Viendront Cendrars, Genevoix plus
tard.
- Avril 1979 à mars 1980 : service militaire. Amiens dans linfanterie, puis
dans lOtan à côté de Châlons-en-Champagne où jexerce le seul métier où
lon séchine vraiment à larmée : barman. Pas le temps
décrire, bien sûr. Pendant une perm, je rencontre une fille qui devient ma
marraine de guerre. Jécris des lettres, cest bien suffisant.
- Avril 1980 à juillet 1981 : retour à la vie civile, je reviens dans le 93 à
Sevran. Jhabite chez une vieille dame qui me loue une pièce dans le garage à
côté de la chaudière où vit son chien qui pue. Je renoue avec des copains-copines,
jai retrouvé ma marraine de guerre, la vie est belle, jai une Simca 1000, je
cours les bals de province, les virées à droite à gauche : pas le temps
décrire.
- Juillet 1981 : je suis muté dans la ville qui maccueille toujours. Grande
décision : je coupe ma moustache. Je pars en vacances avec un étudiant qui bosse en
été à la poste. Il me présente sa cousine : coup de foudre. Pourquoi
écrire ?
- Je suis amoureux, la tête sur un nuage mais les pieds bien par terre. Je fais
connaissance avec sa famille. Elle a un petit frère, je nen ai jamais eu,
cest super. Je fais tout pour que mon étudiante ne manque de rien. Je lui achète
des livres dont je ne comprends pas les titres : Manuel dhématologie, Guide de
lexamen clinique, Précis de thérapeutique. Par mimétisme, pendant quelle
révise, je prépare un concours administratif de niveau supérieur. Je nai plus le
temps décrire. Et puis son petit frère sen va vers les étoiles, les
voiles : je nai plus le goût décrire.
- Janvier 1985 : jai réussi mon concours (sur les deux cents acceptés, je
termine 19ème, je suis plutôt fier). Grand saut donc vers les télécommunications. Un
an plus tard, je reviens dans ma ville et je deviens chef au Central téléphonique.
Japprends le métier, on fait des projets, logement, mariage, enfants, ne pas
oublier sa thèse à passer. Franchement, est-ce que jai le temps
décrire ?
- Mars 1988 : les projets se sont concrétisés. Je suis un papa tout frais. Nous
avons aussi un ordinateur tout neuf pour rédiger sa thèse. Nous nous relayons au
traitement de texte, sa mère et moi. Elle la passe en juin, brillamment, avec notre fille
sur les genoux.
- Juillet 1988 : je retrouve le cahier initial de Martin Martin. Tiens ?
Et si je le recopiais à lordinateur ? Et si je le continuais ?
(30/01/2025)
2025 a vu la parution de Père patrie. Ça ma soulagé de renouer ainsi avec la
publication et avec ma maison dédition. Fayard était dans la tourmente depuis
plusieurs mois et il a fallu attendre que cela se tasse. Grand plaisir donc à retrouver
les personnes que je côtoie depuis plus de vingt ans pour certaines. Grand plaisir
également à retrouver le fonctionnement efficace de « la
librairie Arthème Fayard » qui existe depuis 168 ans.
Concernant Père patrie, cependant, les changements récents et la mainmise de
Bolloré mont embarqué vers des médias auxquels je nadhère pas et quelques
gesticulations littéraires mont laissé pantois (le prix Edgar Faure). A part cela, il ne sest pas passé
grand-chose, aucune participation à un quelconque salon dautomne et les quelques
rendez-vous autour du livre sont surtout dus à mes relations, comme la rencontre prévue
vendredi 20 mars prochain, à la médiathèque Jean Ferrat dArgelès-sur-Mer.
Ceci dit, dune manière générale, le ressenti des lecteurs autour de Père patrie est plutôt bon.
Jai déjà émis lhypothèse dune suite, quelques amis lattendent,
mais plus que cette injonction, cest lidée de continuer à faire vivre les
personnages (que je laisse en plan brutalement dans Père patrie) qui ma
taraudé. Jai déjà écrit mollement quelques pages. Je connais la trame de
lhistoire que je pourrais écrire, Jai même le titre, lépigraphe. Tout
cela, je lai lentement retourné dans ma tête, ça me poursuit parfois la nuit ou
dans mes rêveries. Cest plutôt bon signe.
La suite donc, pourrait (devrait) être écrite plus gaillardement. Il faudrait que je
my attelle plus sérieusement et plus régulièrement surtout. Il faut désormais
que jélimine les dernières réticences, notamment celles liées à la réception
de Père patrie, qui somme toute, sest bien passée et qui est derrière moi
maintenant. Il faut surtout que je bâtisse une suite que je puisse justifier par rapport
au roman quelle continuera en quelque sorte. Je my attelle, mais cest
une affaire plus complexe que je ne lavais pensé au départ. Dabord, il y a
lidée quune suite constitue un roman du roman précédent, une mise en abyme
de la fiction, en quelque sorte, et, quand comme moi on a été baigné dans les
injonctions du Nouveau roman, ce pas supplémentaire vers une
« fiction augmentée » nest pas naturel (jenvie Pierre
Lemaître, passé maître dans lart de créer de véritable sagas). Mais
lenjeu en vaut la peine et je me range désormais sans fausse honte dans la
catégorie des romanciers.
Il y a aussi dans la perspective 2026 un évènement littéraire qui devrait aboutir, qui
ne me concerne nullement, mais dont la fierté que jéprouve à lavoir induit,
me pousse moi-aussi à créer et à écrire. Espérons que cet aiguillon, ainsi que toutes
les réserves qui sont en train de se lever, contribueront à me faire rejoindre ma table
de travail plus volontiers et plus fréquemment les prochains mois.
(16/01/2025)
Lannée 2025 a été dense côté rencontres, ateliers et
animations diverses : 31 interventions recensées dans lagenda, plusieurs
chaque mois, sauf en août. Mais ce nest pas la parution de Père patrie chez
Fayard pour la rentrée de septembre qui aura monopolisé les programmations. Ma vie
littéraire se situe désormais ailleurs.
Je termine ainsi lannée avec trois rendez-vous en décembre, une rencontre avec
Ismaël Keita dans un supermarché Leclerc, la restitution du Festival de lécrit
pour le département de la Meuse et ma participation dans un lycée troyen pour une
« nuit de lécriture ». Interventions provinciales donc, au plus près
des gens, pas forcément avec de grands lecteurs, ce qui nexclut pas la richesse de
ses rencontres.
Les clients du supermarché qui déambulent dans la préparation des fêtes ce samedi 6
décembre sont ainsi surpris de remarquer au rayon livres deux auteurs, Ismaël Keita et
moi, annoncés à grand renfort daffiches. Le supermarché à bien fait les choses
et Ismaël, qui rencontre un phénoménal succès local (voir en Notes décriture du
21/11/2025), a déjà quasiment épuisé sa réserve de livres avant même ce rendez-vous.
Pour ma part, je propose Père patrie (qui sera la deuxième présentation dans ma
ville avec celle de septembre à la librairie Larcelet). Même si les clients ont en tête
lachat des chocolats de Noël, il est bon toutefois que la littérature soit
présente et les quelques livres que jai dédicacés et déposés au fond des
caddies ont rempli leur office.
Dix jours plus tard, cest dans la Meuse, à Verdun, que se déroule la cinquième et
dernière séance de la restitution du Festival de lécrit, une par département qui
participe à cette grandiose entreprise. Comme pour les autres rencontres, le public est
venu nombreux et, avant la rencontre plénière et la remise des prix du festival
laprès-midi (avec la participation désormais actée de Céline et Vincent Bardin
qui mettent en musique et en voix les lectures des textes lauréats), jai animé
deux mini-séances dateliers décriture le matin, avec une dizaine de
personnes à chaque fois. Cest toujours un grand moment dimprovisation (ce qui
n'est pas pour me déplaire : la littérature en ressort toujours grandie dans ces
contraintes) et cette dernière séance na pas échappé à la règle : une
petite salle métait réservée, avec onze chaises, pas une de plus, et aucune
table, excepté un bureau qui, je suppose, était pour moi. Heureusement, il y avait un
tableau. Limprovisation sest naturellement tournée vers la construction
collective dun poème de fin dannée. Pour cela, jai honteusement pillé
dans les incipits qui mavaient été proposés pour la Nuit de
lécriture.
Car celle-ci a eu lieu le lendemain soir à Troyes. Lobscurité tombant vite en
hiver, cest à partir de 18 heures que nous avons accueilli avec Marie, la
professeure de français, une dizaines délèves au CDI du lycée Chrestien de
Troyes. Javais participé, toujours avec Marie, deux ans auparavant à une
« nuit » similaire (note
dÉtonnements du 08/12/2023). Lorganisation et mon rôle étaient les
mêmes. Après une brève présentation du métier décrivain, jai aidé les
lycéens à construire le début dune petite nouvelle, dont la première phrase
était lincipit dun roman en lien avec la fin de lannée.
Nous avions ainsi quatre exemples : « Cétait un froid affreux ; il
neigeait et la nuit commençait à se faire. Le dernier soir de lannée, la veille
du jour de lAn. », Hans Christian Andersen La Petite Fille aux
allumettes ; « On était en pleine nuit. Il était environ deux heures du
matin. Il y avait dans la cour une seule petite fenêtre éclairée, et c'était celle de
la cuisine... », Victor Hugo Les Misérables (Partie 2, Livre 5,
Chapitre 1 : La petite Cosette) ; « Noël ne sera pas Noël sans
cadeaux, grogna Jo, les mains dans ses poches. », Louisa May Alcott Les
Quatre Filles du docteur March ; « Le Réveillon ! le Réveillon ! Ah ! mais
non, je ne réveillonnerai pas !», Maupassant Nuit de Noël.
Chaque élève a ainsi choisi la phrase qui linspirait le plus et nous avons ensuite
gravité dun participant à lautre pour aider à faire émerger les idées.
Belle expérience une fois de plus. Jai même offert lun de mes livres, Yougoslave,
à une lycéenne pour son grand-père, originaire de Croatie.
Ainsi se termine les rencontres 2025 avec comme point commun entre toutes, celui
davoir côtoyé des personnes de tous âges, de toutes conditions et de toutes
origines, bref une humanité belle, simple et réelle, avec des livres comme prétextes.
Encore faut-il comme préalable à ces rencontres que la littérature si intimidante pour
tous, consente à descendre du piédestal où nous lavons abusivement hissée.
(09/01/2026)
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