depuis septembre 2000

retour accueil


Actualités

Agenda

Etonnements

Notes d'écriture

Notes de lecture

Webcam

Bio

Biblio

La Réserve, 

Central

Composants

Paysage et portrait en pied-de-poule

1937 Paris - Guernica
    
CV roman

Bestiaire domestique

Retour aux mots sauvages

Ils désertent

Faux nègres

Journal de la Canicule

Vie prolongée d’Arthur
Rimbaud


Littérature 
du travail

pages spéciales


Archives

 

 

Notes d'écriture

 

" Car il en est des écrivains comme des coureurs : il y a des sprinters et des spécialistes du fond et du demi-fond. Certains bouclent leur œuvre en trois semaines. On dit que Stendhal dicta La Chartreuse de Parme en cinquante-deux jours. Á d'autres, il faut du temps, beaucoup de temps. Ce sont des marathoniens. J'appartiens à cette sorte. Un manuscrit mûrit dans ma tête et sur ma table quatre ou cinq années. Je comparerais volontiers à une grosse marmite mijotant à très petit feu et dont je soulèverais à tout moment le couvercle pour ajouter quelque ingrédient nouveau. Ou à une maison que je construirais seul autour de moi, n'ayant rien d'autre pour m'abriter, et donc grelottant au début sur un chantier informe battu par tous les vents, puis aménageant un espace de plus en plus avenant. La dernière année est angoissante et délicieuse à la fois. Parce que le roman approchant de son achèvement, mon esprit parcourt avec un bonheur naïf ses pièces et ses dépendances, apportant par-ci, par-là des améliorations de détail, mais il est fatigué en même temps de cet édifice trop lourd, trop compliqué dont il est le seul habitant et dont il a hâte de se débarrasser pour se livrer à des jeux nouveaux et en attendant interdit. Car rien n'est plus séduisant que les œuvres futures, rêvée pendant que s'achève dans la douleur un travail de longue haleine. Elles ont toutes la fraîcheur gratuite et légère qui manque au livre en chantier, Sali par les efforts et les incertitudes. Il n'empêche que la rupture est blessante et marque le début d'une période errante et désemparée. " (Michel Tournier, Le Vent Paraclet, Pléiade, p. 1435-1436.)
(15/01/2018)