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Étonnements

 

 

Pierre Bourdieu : le sociologue m’était sorti de l’esprit lorsque je suis tombé dans un kiosque de gare sur un numéro hors-série de la revue Sciences humaines : « vingt ans après sa disparition, quelle influence ? (voir aussi en Notes de lecture).
J’ai déjà maintes fois évoqué ses travaux (dans 27 pages de FdR, si j’en crois mon moteur de recherche). Par exemple, son opus Les règles de l’art a été évoqué dans deux notes de lecture, la première le 22/11/2000, mon site existait depuis deux mois, et la seconde le 30/06/2004. Quant à La misère du monde, ma note de lecture date du 01/01/2006, un an avant que les élections ne s’affolent avec Sarkozy, avec une analyse politique déjà prédictive à l’époque : « le monde a changé dans ses fonctionnements mondiaux les plus profonds, les plus inévitables, les moins maîtrisables… Quels partis, dans leurs fonctionnements cacochymes, sont capables de les prendre en compte ? ». A noter aussi que j’ai consacré avec hardiesse une dizaine de pages de ma thèse en 2017 à La misère du monde pour essayer de démonter en quoi c’est un récit emblématique de la question du travail.
Tout cela pour signaler l’importance de Bourdieu pour moi.
Au fil des années, je me suis aperçu des réticences que suscitait ses analyses sociologiques : la vivacité de celles-ci, leur intransigeance, la célébrité de Bourdieu a provoqué des jalousies dans le petit monde universitaire, mais, à la réflexion, c’est surtout parce que le trublion avait lancé un pavé dans la mare, avec Les héritiers notamment, en développant la notion de « capital culturel », autant sinon plus transmissible que le capital économique. Cet héritage est validé par des diplômes et des examens dont bénéficient justement en priorité et en premier les professionnels de l’éducation nationale, par leurs connaissances des règles. C’est ce qu’à démontré Bourdieu.
Pendant ce temps, les ignorants des mécaniques éducatives - dont je fais partie - tentent aussi bien que mal (plutôt mal en fait) de se dépatouiller des arcanes élitistes pour leurs propres enfants. Pour tranquilliser ce bas peuple, on fait passer l’idée que l’éducation est égalitaire et homogène, vieille lubie depuis Jules Ferry.
Si une auteure, au fait de ces subtilités, ne m’avait révélé le pot aux roses juste à temps, l’un de mes enfants aurait probablement obtenu plus difficilement (ou pas) son agrégation, faute d’avoir été inscrite en dehors d’une khâgne parisienne. Ouf ! mais aujourd’hui encore, je m’en veux de ma naïveté. Processus presque similaire pour le deuxième de mes enfants, dont la filière d’études était mal considérée par l’académie : son métier est stable et captivant, en dépit de tous les pronostics.
J’ai rencontré beaucoup d’écrivains, également professionnels de l’éducation nationale, et leur idées égalitaires, voire communistes pour certains, m’ont toujours éberluées : prôner l’accès à l’éducation pour tous… mais viser un peu plus haut pour leurs propres enfants car on connaît les règles, n’est-ce pas… Et de les aider pour la méthodologie, la correction de thèses… etc. Il y a quelques années, j’ai même assisté à l’immense désappointement d’un papa universitaire à l’annonce que sa fille avait échoué à l’ENS, filière sélective par excellence. Dernièrement, un maître de conférences, fonctionnaire, m’a avoué avoir mis tous ses jeunes enfants dans le privé pour une meilleure éducation… On croit rêver… J’éprouve toujours une sorte de honte quand je discute avec des gens de mon entourage, lorsqu’ils me racontent les couleuvres que l’éducation nationale leur fait avaler pour l’avenir de leurs enfants, qui reproduiront leur faible milieu social.
Voilà : tout cela c’est dans Les héritiers de Bourdieu, ça date de 1964 : presque soixante ans après, l’analyse demeure intacte, voire s’est amplifiée : le « capital culturel » est de mieux en mieux gardé grâce à la complexité accrue du système éducatif.
Aux sources de la pensée de Bourdieu était sa colère : cela figure dans le très beau hors-série et c’est ce que je retiens de ce jeune étudiant provincial, d’un milieu modeste, qui a du se battre à Louis le Grand et Ulm, dans un monde qui n’était pas le sien.
A sa colère, répond la mienne, intacte. Elle se manifeste d’une manière sourde lorsqu’un fin lettré reprend une faute de mon langage ou une approximation de ma pensée : je n’ai pas bénéficié d’un « capital culturel » à la base, bac avec redoublement, mention passable… Même dit sur le ton de la plaisanterie, c’est toujours une blessure pour moi.
Ainsi, à sa colère, répond la mienne, intacte. A la différence près que je n’ai pas intégré un monde autre : je n’intellectualise pas mon récent titre de docteur en littérature française, ni mon statut d’écrivain, je réfute l’idée d’être un transfuge de classe, la mienne est restée la même, avec, comme preuves, des ateliers d’écriture pour ceux qui ne sont pas familiarisés avec l’éloquence. Si la sociologie est un sport de combat, comme disait Bourdieu, ma littérature ressemble à de la plongée sous-marine, pour débusquer la langue des profondeurs sociales.
(16/05/2022)

 

D’abord le périple commence sur la riviera belge, entre De Hann et Wenduine. Rien à envier à d’autres destinations méditerranéennes, le soleil nous a gratifié d’une douceur remarquable. Dunes, mer, villages cossus, accueil sympathique, gaufres croquantes à souhait (wafel en flamand). Ici, tout incite au vélo ou à la randonnée à pied : c’est ce mode de locomotion que nous avons retenu et pas loin de 100 km auront été parcouru dans cette petite semaine. L’air de la mer du Nord nous sera parvenu également à Bruges, toute proche, touristique à souhait, et même plus loin dans les terres, à Gand, où la profusion de bicyclettes est impressionnante. Ville étudiante et animée, les abords des facs sont cernés par des milliers de vélos (mais comment font-ils pour retrouver le leur ?). Il n’est pas rare de se faire enguirlander par un cycliste lorsqu’on traverse une rue. Des péniches impressionnantes, de cent mètres de long, circulent sur des canaux. Des ponts, fendus en leur milieu, se soulèvent et bloquent la circulation. Les vélos en profitent pour se masser devant de rares voitures attendant que retombe les tabliers pour démarrer d’un coup de mollet rageur.
Nous quittons le côté flamand pour rejoindre la belle capitale universelle. J’ai beaucoup d’affection pour Bruxelles. Je m’y sens toujours bien, toujours libre. La ville est humaine, simple, permissive, elle n’a pas l’arrogance parisienne. Cette année, je me suis retrouvé en plein après-midi rue aux choux avec un gros coup de fatigue, heureusement éphémère. La rue aux choux est celle dans laquelle se rendit Rimbaud, un jour d’octobre 1873, pour rencontrer le gérant de l’Alliance typographique afin d’éditer Une saison en enfer. En ce qui me concerne, c’est au paradis que j’aurai vécu cette semaine belge.
(06/05/2022)

 

Le printemps me déborde toujours. Je suis toujours surpris par la précocité de la nature, les jours qui rallongent, la lente torpeur qui s’éloigne. Déjà, dans la maison, les plantes s’en rendent compte et les orchidées fleurissent après l’hiver, égayant la maison pendant au moins trois mois (voir en Webcam).
Mais dehors, le spectacle se déroule également. En janvier les boutons des jonquilles et les perce-neiges m’ont surpris. L’hiver a été clément, sans neige, sans gel à pierre fendre. Mes géraniums placés sous l’auvent ont survécu et les orchidées (de jardin cette fois-ci) étaient déjà présentes avant les fêtes ainsi que les bien nommées roses de Noël. L’année passée a été pluvieuse, on en avait besoin et la pelouse s’est revigorée. Les primevères qui avaient disparues brûlées jusque par la sècheresse de 2020 sont réapparues. Bien sûr, il y a eu des dégâts, arbres morts, haies défoliées. Aussi l’année humide a été l’occasion de laisser les plantes se régénérer : volontairement, je n’ai pas taillé les haies en 2021, je n’ai même pas retiré les vieux lauriers cinquantenaires calcinés au cœur. La plupart repartent du pied et il me faudra nettoyer les branches sèches, certaines de la circonférence d’un bras.
En début d’année, j’ai repris quelques travaux de jardinage, j’ai continué de dégager les clématites des haies, opération entreprise en automne, cette plante ligneuse est une véritable horreur qui envahit rapidement les alentours : pas moins de cinq aller et retour de camionnette jusqu’à la déchetterie pour éradiquer les lianes qui atteignent parfois dix mètres de long. Enfin, l’irremplaçable Nicolas a pu tailler la haie et jouer à l’écureuil pour descendre des branches hautes que les tempêtes avaient fragilisées. D’autres travaux sont prévus : les trois énormes thuyas qui me font peur à chaque coup de vent vont être retirés : il faudra probablement plusieurs camions pour évacuer ces arbres qui atteignent dix mètres de haut. Après, on y verra plus clair pour nettoyer la centaine de mètres qui sépare mon terrain de la rue passagère et refaire le grillage. Bref, encore du boulot dans le règne végétal, où je me sens comme un serf avec ma salopette, mes gants et mes outils, plutôt que comme un châtelain en pleine ville.
(11/04/2022)


Mardi dernier, le ciel est d’abord devenu ocre, comme lorsqu’un orage chargé de grêle s’annonce au loin. A l’intérieur des maisons, la luminosité a brutalement changé : toutes les nuances de jaune se sont renforcées. Sur le canapé un coussin est devenu couleur poussin, la toile cirée multicolore a viré à l’orange, les murs se sont parés de cuivre. Plus tard, il y a eu la pluie, peu abondante, rapide, mais qui a maculé de cernes de bronze toutes les surfaces à l’extérieur. Les véhicules sont devenus marrons, les essuie-glaces râclaient une boue sombre, les promeneurs époussetaient les tâches de leurs manteaux. On a appris que des nuages d’altitude avaient emporté du sable depuis le Sahara jusqu’ici. Un pareil phénomène météorologique s’était déjà produit le 7 février 2021, une photo prise avec mon portable témoigne du dépôt de sable sur la table bleue à l’extérieur (c’était 2 jours plus tard, la flaque d’eau chargée de sable rouge avait gelé avec un joli effet). En revanche, je ne me souviens pas d’une telle épaisseur sur les voitures.
Cette fois-ci, cette curiosité s’est poursuivie le mercredi. Le jeudi soir, mon regard a été attiré à l’extérieur par une luminosité rouge extraordinaire : le coucher du soleil s’est paré de couleurs magnifiques, juste le temps de prendre quelques photos (en Webcam). J’ai de suite fait le lien avec ce sable du Sahara encore en suspension dans l’air. Les actualités ont vérifié mon intuition et d’identiques couchers de soleil somptueux ont été admirés un peu partout.
Sahara… Magie du rêve, déserts exotiques, tout ce qui nous inspire… Qu’une once de cette poussière puisse être acheminée jusque sur nos maisons et nous voilà ébahi par cette poésie en suspension. Que celle-ci nous fasse oublier un instant les autres dangers également en suspension et imprévisibles de la guerre en cours…
« Le désert, le désert du Sahara ! », cette exclamation joyeuse est tempérée par la phrase suivante : « Au commencement de la traversée du désert nous étions plus de cinquante personnes, hommes, femmes et enfants. ». Ces phrases ont été écrites par un des migrants mineurs que j’ai accompagné en atelier d’écriture cet hiver, et pour lui, comme pour la plupart des réfugiés de Côte d’Ivoire ou du Mali, la traversée de l’immense désert, via l’Algérie et la Lybie, est synonyme d’une mort évitée de justesse, mais combien de compagnons de voyages laissés derrière eux.
Désolé de refroidir ainsi le chaud soleil d’Afrique mais toute cette « poésie en suspension », comme je me plais à dire, cette nature indépendante des hommes, se relie obligatoirement à nous, par notre présence envahissante et, hélas, souvent belliqueuse. Sahara, espace libre à franchir, et plus encore, nos sauvageries d’hommes à affranchir.
Le dernier mot doit revenir à Madame Sahara, une cartomancienne, établie depuis longtemps en Sicile et dont les vieilles affiches collées sur les poteaux, sur les pans de murs oubliés, sont devenus un jeu pour nous depuis longtemps : c’est à qui trouvera une nouvelle annonce vantant les mérites de « Madame Sahara ». Mais là, j’ai juste envie de lui poser une question : Alors, Madame Sahara, quel est l’avenir immédiat de notre humanité ?
(20/03/2022)

 

Dans mon roman Yougoslave (Fayard, 2020), on trouve cité 1 fois Kiev, 3 fois la ville d’Odessa et plusieurs occurrences se rapportent à l’Ukraine. « L’occurrence » en linguistique est l’apparition d’un mot dans un texte. Le terme a également pour synonyme : cas, conjoncture, situation, accident, aventure, événement, hasard, mais aussi crime, délit. Les occurrences dans mon récit, qui s’échelonne sur plus de deux siècles, ont toutes un rapport avec la guerre et avec les Russes.
« La Russie, autre puissance qui appartenait au camp des vainqueurs de Waterloo, avait eu depuis longtemps des visées sur des territoires proches. Il y a un siècle, le Tsar Pierre le Grand avait fait boire ses chevaux dans le Danube pour la première fois depuis son compatriote de Kiev le prince Sviatoslav sept cents ans auparavant. Son désir d’une ouverture vers la mer Noire où se jetait le grand fleuve avait motivé son expédition. » (p. 112)
« Déjà à Odessa, sur la mer Noire, le mot russe « pogrom » avait fait son apparition. Des centaines de magasins et d’établissements avaient été pillés et saccagés. » (p. 189)
« L’histoire cependant, dont le but, selon Tolstoï, est « de décrire les mouvements de l’humanité et des peuples », continuait à fabriquer ses drames : le mois précédent la naissance de Georges, un nouveau pogrom eût lieu à Kichinev, toujours à proximité d’Odessa, et plusieurs centaines de juifs en furent les victimes. » (p. 246)
« Dès le début de 1944, les défaites allemandes s’accumulent. L’armée invincible du Reich cède ces conquêtes une par une dans un rapport de force qui devient favorable à la coalition alliée. Harcelés dès le mois de janvier à la bataille de Monte Cassino en Italie, les Allemands perdront en quatre mois soixante mille soldats. A la même époque, l’Armée rouge reprend l’Ukraine et atteint la frontière polonaise. En mars, elle occupe une partie de la Roumanie, tandis qu’en avril Bucarest subit les attaques aériennes anglo-américaines. Au printemps, les soviétiques reprennent également Odessa. » (p. 405)
« Dans la maison, les réfugiés étaient pour la plupart des expulsés, des gens qui erraient comme Eva et ses enfants, chacun coincé dans une histoire tragique et singulière. Ce n’est pas pour autant qu’on se serrait les coudes. Chacun se méfiait de l’autre, d’un possible déserteur ou d’un repris de justice en cavale. On pouvait y parler allemand, hongrois, serbe, ukrainien, ruthène, slovaque, slovène, tchèque, mais les paroles étaient rares, chuchotées entre familles ou petits groupes. Les soldats russes qui les avaient conduits ici, n’étaient guère plus reluisants avec leurs uniformes rapiécés. Ils se montraient autoritaires, n’hésitaient pas à les intimider. Un jour, l’un d’eux, un blond avec des yeux très clairs, fit le tour des réfugiés, demandant de l’argent ou des bijoux. Lorsqu’on refusait, il élevait la voix, lançait des insultes. » (p. 444-445)
(08/03/2022)

 

25 juillet 1983 : René Fallet disparaît à 55 ans et demi, vingt et un mois après son ami Georges Brassens. Comme beaucoup, je me retrouve orphelin de mes tontons de cœur, ainsi que j’ai pris l’habitude de les nommer.
Eté 1983 : je connais tonton René depuis 5 ans, disons que je l’ai rencontré, littérairement parlant, avec Paris au mois d’août, à l’âge de vingt ans (voir en Notes de lecture du 23/07/2003). J’étais alors en région parisienne, à Villepinte, qui gardait encore une allure presque provinciale en cette fin 1978 - début 1979 (je n’y suis resté que quelques mois avant que le service militaire ne me rattrape). J’habitais dans une bicoque, chauffage au fuel et odeur de vieux chien. J’étais seul, sans voiture (la première, une Simca 1000, ce serait un an plus tard) et Paris au mois d’août est arrivé comme une grâce. Tout René Fallet a suivi, ses Carnets de jeunesse, ses livres, dont le premier, Banlieue Sud-Est avec Villeneuve-Saint-Georges, qui en constitue le lieu, et vers lequel je partirai en pèlerinage à mon retour du service militaire, cette fois-ci nommé à la poste à Sevran, installé maintenant dans un rez-de-jardin avec un vieux chien qui sentait le fuel.
Eté 1983 : exit la région parisienne, je suis revenu dans mon grand Est depuis 2 ans. L’amour, quelques mois après mon retour, m’a cueilli comme une marguerite : beaucoup, passionnément, à la folie. Avec un jeune beau-frère de 14 ans, je fabrique, à cette époque, un bureau et une table de salon en vue de l’anniversaire de ma dulcinée. C’est le bonheur, la joie et probablement que la mort de René Fallet sera, au mieux, passée inaperçue, ou aura, au pire, constituée une petite ombre au tableau.
1983 : la véritable ombre, la noirceur, le chagrin viendront au dernier mois de l‘année. Le jeune beau-frère de 14 ans décède brutalement. Il en reste une cicatrice au cœur, à jamais douloureuse.
Années suivantes : le bonheur, la joie ont heureusement la dent dure et s’accrochent. Amour et enfants qui suivent : la vie quoi. Je relis les livres du copain de Brassens régulièrement, je reste à l’affût de ce qui se publie à son sujet. Pour mon premier roman, j’espère en vain le prix René Fallet. Je célèbre sur FdR les vingt ans de sa disparition. Le temps passe : l’année prochaine ça fera 40 ans !
Années futures : rien ne changera, ni les guerres, ni les aléas ne viendront effacer la faconde de tonton René : comme lui, nous crierons aux étoiles : Merci d’être Vénus.
(01/03/2022)

 

Date palindromique avais-je écrit il y a tout juste deux ans, le 20/02/2020 :
"J'ai loupé la mise à jour du 02/02/2020, ce qui aurait été une véritable date palindromique. Pour rappel, un palindrome est un mot qui se lit indifféremment dans un sens ou dans un autre, comme les prénoms, Bob ou Anna, les noms Kayak ou sexes, l'expression " mon nom ", les facéties de Georges Perec : " ce repère Perec ", disait-il. Allez, j'invente moi-aussi un palindrome : " Léo n'a été nu ici un été à Noël".
Bref, je me rattrape un peu ce jour avec le 20/02/2020. Il faut dire que depuis l'année 2012, le jeu est plus délicat. Je n'avais pas loupé cette dernière date facile du 12/12/12 (voir en étonnements et en Webcam), j'avais même précisé que ce 12/12/12 à 12h12, je me trouvais dans un train qui m'emmenait dans une rencontre Annecy, dernière petite notoriété due à ma nomination au Goncourt trois mois plus tôt. L'année précédente, Anne Savelli n'avait pas non plus loupé la date du 11/11/11, puisque c'est celle qu'elle avait choisie pour la mise en ligne chez Publie.net de notre livre commun Autour de Franck, poussant la perfection à ce que l'heure précise soit 11h11. Mais depuis, force est de constater que je n'avais rien remarqué de notable, sauf une brève allusion en rubrique Actualités du 13/02/2013, même si la date " combinatoire et réversible " que je soulignais est tout de même imparfaite et bancale comme celle d'aujourd'hui. Je me suis doublement rattrapé ce jour, d'abord avec cette rubrique, puis en acceptant un rendez-vous malicieusement prévu le 3/3 à 3h et qui devrait durer 33 minutes…"
Le rendez-vous en question était avec le photographe. Cette année, il aura eu lieu plus tôt le 21 janvier. Il me faut donc rajouter à cette note la magnifique date palindrome de ce jour : 22022022, que je n’aurai pas loupée cette fois-ci. Il ne valait mieux pas, la prochaine n’aura lieu (en date française) que le 03022030 : je serai hélas, devenu septuagénaire…
(22/02/2022)

 

Janvier et début d’année : c’est l’époque des « bonnes » résolutions, où du moins, c’est manière de remettre en ordre tout ce que le temps use au fil des mois. L’année se déroule souvent ainsi, les frimas nous préservent dans une léthargie molle, puis les jours rallongent et le printemps nous occupe, ensuite l’été et la chaleur nous abasourdissent, enfin l’automne nous cueille déjà fatigués avant la folie de fin d’année. Il faut ajouter à cela les imprévus, les évènements inattendus, subits et subis, visites inopinées, voyages de dernière minute, tout ce qui remplit un quotidien déjà plein comme un œuf.
J’ai la fâcheuse manie de croire que mon temps est extensible à l’infini et que j’arriverai toujours à tout faire. La plupart du temps c’est vrai : je travaille vite, je suis plutôt du genre organisé, même si ce n’est pas l’image que je donne. Cette sorte d’énergie inépuisable m’a fait cumuler jusqu’à présent les activités associatives, la vie familiale, la course à pied, l’entretien de la maison, autrefois mon boulot dans l’entreprise (mince, ça fait déjà 4 ans que j’ai arrêté), la thèse de doctorat passée en 2017, tout cela remplacé depuis par les ateliers et les interventions littéraires, sans oublier bien sûr l’essentiel, écrire des livres, tout de même quinze en vingt ans.
Cette année pourtant, j’ai peut-être eu, comme on dit, les yeux plus gros que le ventre. J’ai consenti à animer quatre ateliers d’écriture, à donner des conférences et des interventions, sans compter les journées diverses et variées qui se sont rajoutées au fil des mois, et que le curieux expérimentateur que je suis refuse rarement. Mais en plus des activités usuelles, j’ai accepté la présidence d’un club service dynamique, et il faut suivre, donner un cap, prévoir des actions… Et puis des évènements déconcertants n’ont cessé d’émailler l’année, déjà rendue difficile par la pandémie, bref, grosse bousculade, et j’ai terminé l’année avec onze personnes chez moi pour Noël dans un état de fatigue assez prononcé.
Il est donc temps de remettre un peu d’ordre dans tout cela. J’ai ainsi annoncé que j’allais « lever le pied », côté ateliers, même s’il en restera encore un peu, à Bar-le-Duc notamment où je m’étais déjà engagé. Et puis ma présidence du club service se terminera en juillet, avec toutefois bien des actions prévues et à réaliser au printemps. J’ai aussi accepté une autre présidence du même acabit, plus étendue, mais aussi plus distante (damned, mais quelle idée !) Et puis, j’ai encore bien des choses à faire dans la suite des événements déconcertants qui se sont déroulés depuis mai dernier. Voilà pour la continuité de ce qui s’était engagé et que je ne peux pas stopper tout de go.
Les bonnes résolutions tiennent donc dans cette volonté de « lever le pied », en faire moins pour les autres, ainsi les idées égoïstes de reprendre la course à pied, F de R, et surtout l’écriture, équilibre indispensable pour moi : ça y est, tout est à nouveau en marche (voir en Notes d’écriture). Un signe ? J’ai réparé la pendule que mon petit-fils avait abîmée à l’automne, elle est comme neuve ou presque et les trois horloges scandent à nouveau l’immuable temps retrouvé.
(18/01/2022)

 

Bilan des courses à pied : cela fait maintenant 12 ans que je sacrifie à noter tous mes aléas sportifs dans un fichier Excel. Force est de constater que la dernière belle année (2018 et un marathon pour mes 60 ans) est bien derrière moi : c’était l’époque où mes jambes parcouraient par an 2000 km à pied ou à vélo. La pandémie est passée par là (l’âge aussi…). J’ai acquis depuis 2ans un tapis de course, dont l’utilisation n’est pas moins sportive, au contraire, car il faut s’astreindre au rythme imposé par la machine. En 2021, j’aurai ainsi « couru » plus sur tapis que sur de vrais chemins (214 km contre 160km). Il en résulte une frilosité à sortir dehors alors que la pluie et le froid jusqu’alors ne m’ont nullement effrayé. Mais le plaisir de courir dehors est toujours sans commune mesure pour peu que je sois décidé. Cette année, nous n’aurons pas sacrifié aux joggings matinaux en Sicile (pour un total de 30km) et la Guadeloupe en novembre nous aura défoulé au sens propre dans des trajets souvent escarpés pour 80km. En revanche, une seule sortie en vélo de 50 km cette année. Au total c’est moins de 600 km que mes petites jambes auront supporté. Si je suis toujours capable d’accomplir dix bornes à un train de sénateur, pas sûr que je serais encore capable de me lancer sur un Charleville Sedan ou les 20km de Bruxelles. C’est peu mais la difficile année, bien trop remplie, aura eu raison de mon courage. C’est ainsi plus un bilan de la « vie courante » que des courses à pied effectué ici. Allez gageons que je vais tenter de garder un semblant de rythme pédestre pour 2022…
(08/01/2022)